Don Ciirlos était né le 11 juillet
2. Le 27 août 1758, d'après Fierez,, lieinas catôlicas, t. II, p. lO'iO.
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frère, Charles III, roi de Naples, ayant été appelé à la succession de la couronne d'Espagne, j'eus, en revanche, la bonne fortune de le recevoir à Madrid avec ma compagnie, qui fut la première à lui monter la garde au palais du Retiro, où il arriva le 9 novembre 1759, et je trouvai en lui un nouvel objet digne de toute ma tendresse et ma gratitude.
Le 15 mai 1760, Sa Majesté me nomma lieutenant en second de la compagnie du marquis de Torrenueva avec laquelle, cette même année, je me rendis à Barcelone. Le 22 août 1761, j'obtins mon brevet de premier lieutenant de la compagnie de D... de Sesma, que j'accompagnai, en 1762, à l'armée qui combattait au Portugal, dans les provinces de Tras os Montes et Beira, sous les ordres du marquis de Sarria et du comte d'Aranda. Ce fut moi qu'on désigna pour porter au Roi la nouvelle de la prise d'Almeida, qui se rendit le 25 août de cette année. Sa Majesté, après m'avoir adressé les paroles les plus flatteuses, me dit qu'il m'avait accordé le grade de colonel. Par l'entremise de D. Ricardo Wall, ministre de la guerre, je sollicitai d'être envoyé comme colonel agrégé à un régiment d'infanterie afin de m'instruire et de pouvoir obtenir le commandement effectif d'un régiment, car mon intention n'était pas de rester capitaine aux Gardes, emploi qui ne donne pas les mêmes moyens de s'instruire que le commandement d'un corps. Le ministre communiqua ma requête au Roi qui répondit : « Dis-lui que je le tirerai « de là et lui donnerai un commandement ^ »
Fernan Nunez narre ensuite comment le Roi le créa colonel du régiment de Castille — régiment dont le nom fut changé plus tard en celui à' Immémorial du
1. Compendio histôrico de la vida de Carlos III. Britibh Muséum, Ms. Add. 9943, fol. 5 et suiv.
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Roi^; — comment, en il (VA, il 1<' gratifia d'une des meilleures commanderies de l'ordre d'Alcântara, celle de les Diczmos del Septeno ; comment enfin, Tannée d'après, il daigna lui accorder la clef de gentilhomme de sa chambre, avec exercice, accompagnant cette insigne marque de faveur d'un présent bibliographique, les Antiquités d'Herculnnum, publiées sous les auspices de l'ancien roi de Naples : cadeau précieux, mais austère, et qui sans doute ne répondait pas parfaitement aux goûts un peu frivoles alors du jeune colonel. Doux ans plus tard, au printemps de 1766, Fernan Nunez eut, pour la première fois, l'occasion de témoigner la reconnaissance qu'il devait à son bienfaiteur en se tenant à ses côtés et en protégeant sa personne insultée par la populace de Madrid dans la fameuse journée dite des capes ou aussi d'Esquilache (Squillace), du nom du ministre italien, victime expiatoire de cette émeute. Charles III, qui fit assez piètre figure en cette occurrence et mit beaucoup de temps à se réconcilier avec son peuple dont les brutales familiarités avaient froissé au plus haut point sa majesté royale, n'oublia jamais ceux qui, alors, par leur énergie et leur ferme contenance, réussirent à lui épargner quelques affronts. Comme
1. Parce que, lors du classement des régiments par ordre d'ancienneté, on admit qu'il avait été créé à une époque immcmoriale, ce qui lui donnait le pas sur les autres. Ce changement de nom eut lieu en 1766 {Gazeta du 28 janvier de cette année) et non pas en janvier 1776, comme l'indique le comte de Cloiiard, Ilistoria orgdnica de las armas de irifanteria y caballen'a espanolas, t. V, p. 287.
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d'autres, Fernan Nunez bénéficia de sa conduite exemplaire pendant le matin; le Roi lui en tint compte vraisemblablement lorsqu'il le promut bientôt au grade de brigadier. Cette promotion eut lieu au mois de juillet 1767, et voici dans quelles circonstances :
<( En 1767, mon régiment étant en garnison à Madrid, Sa Majesté assista à une des manœuvres qu'il fit sur les hauteurs contiguës à l'ermitage del Angel. La manœuvre terminée, je me rendis au Palais pour faire ma cour au Roi et entrai dans ses appartements au moment même où il ôtait sa casaque et se disposait à se retirer pour dormir la sieste. Il n'y avait là que trois ou quatre gentilhommes et chefs du Palais dont aucun n'était militaire. Le Roi se tourna de mon côté et se mit à louer les manœuvres, en particulier mon régiment. Je lui en témoignai ma profonde gratitude. Un instant après, il dit : « Messieurs, je vous présente un nouveau brigadier. » J'étais si fatigué et distrait que je ne prêtai aucune attention à ces paroles. Alors le Roi, me prenant à partie, me dit : « Où donc es-tu ? Qui puis-je faire brigadier, sinon toi ? » Non seulement moi, mais le duc de Santistéban et toutes les personnes présentes lui baisèrent la main pour la faveur elle-même et le tour gracieux et flatteur qu'il avait su donner à l'expression de sa volonté * ».
Nous touchons à l'année 1768, année où commence entre Fernan Nunez et le prince de Salm cette correspondance suivie qui deviendra désormais notre plus sûr guide. Quittons donc un moment le colonel de Y Immémorial pour dire qui était ce prince étranger,