RÉDACTION DU CONTRAT
épousez une femme qui en ait dix-sept à vingt ; c'est le bon àgo. Mais, par-dessus tout, ne la choisissez pas étant amoureux. « Dans cet état d'esprit, en (( effet, ses niaiseries vous semblent des pensées « ingénieuses et des grâces uniques, ses défauts des « perfections et vous ne trouvez rien qui puisse lui « être comparé ; mais au bout d'un mois, chaque (( chose reprend sa véritable valeur et les repentirs « commencent. » Les conditions à exiger de la femme qu'on recherche sont : une bonne santé, un phvsique agréable, — il n'est pas nécessaire d'épouser une déesse, — un bon caractère soutenu par un jugement sain, une éducation chrétienne et polie. Bien entendu, il faut voir sa fiancée et se faire voir d'elle avant de se décider. Un trait du visage, une prononciation nasillarde ou tel léger défaut à peine sensible à d'autres peuvent indisposer les intéressés (lès leur première rencontre et leurs relations en >oufiriront ; d'autre part, une sorte de respect humain empêche le jeune homme de se dédire, d'où résulte qu'à partir de ce moment l'indissolubilité du mariage lui apparaît comme quelque chose d'aussi dur que le « pour toujours w de l'enfer.
Il est indispensable d'apporter un grand soin et une grande prudence dans la rédaction du contrat, premier écueil où peut venir se heurter et s'échouer la bonne entente des futurs époux. Des deux côtés, Ton se fait d'ordinaire plus riche qu'on n'est et l'on promet plus qu'on ne pourra tenir. Les parents approuvent tout, passent sur tout, pour conclure un
Iontrat qui les accommode ou se débarrasser d'une
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fille qui les incommode. L'on charge de chiffons la corbeille, l'on donne des cadeaux qui ne sont pas payés, l'on dépense des sommes folles en voitures et en mules qui sous peu seront remisées ou jeûneront, et ainsi de suite. Et l'on s'étonne des résultats ! Fernan Nunez ne connaît que deux principes : contracter ce que l'on peut tenir et acheter ce que l'on peut payer. Esprit pratique, il écarte aussi certaines considérations de sentiment qui souvent empêchent de voir les choses telles qu'elles sont et causent des préjudices immenses, ce En matière « d'intérêts, le mariage est une association commerce ciale entre mari et femme où chacun verse son ca- « pital respectif. » Négliger la constitution légale de cette société, c'est, en cas de mort d'un des conjoints, ouvrir la porte à une foule de disputes et de procès. A ce propos. Don Carlos rappelle à ses enfants ce qui lui est arrivé à lui-même. « Quand, en 1767, je « pris en mains le gouvernement de ma maison, je (( trouvai fort embrouillée la succession de mon (( grand-père, mort en 1721, et par conséquent aussi « celles de ses deux fils et de leurs veuves. Au prix « de divers sacrifices, je réussis à les régler définice tivement en 1770, alors que, pendant dix-huit ce années de tutelle, tout s'était passé en paroles, ce tellement que l'administrateur de mes biens me ce devait plus de cinq cent mille réaux dont je ne ce touchai ni ne toucherai probablement jamais ce rien. »
Le gentilhomme est marié ; comment se conduirat-il et gouvernera-t-il sa femme ? Réussir dans cette