LES DÉBUTS DU MARIAGE
tâche délicate ne lui sera possible que s'il a, au préalable, attentivement observé le tempérament de sa compagne, ses goûts, son éducation, le caractère de ses parents et des personnes qui l'ont entourée et dirigée. Les débuts de cette nouvelle carrière sont difficiles et semés de pièges. Premièrement, le mari devra combattre un penchant naturel chez toute jeune femme inexpérimentée, celui d'outre-passer la somme qui lui est allouée pour sa toilette : ses épingles, disent les Espagnols. Comment ne succomberait-elle pas aux sollicitations de marchands et de modistes astucieuses qui dénigrent son trousseau et lui expliquent la nécessité d'échanger ses toilettes vieillies contre d'autres à la dernière mode : sans bourse délier, s'entend, car les bonnes âmes y pourvoiront ; la dame n'aura qu'à leur donner tous les mois une misère et s'acquittera ainsi peu à peu. Insensiblement le nombre des créanciers s'accroît et alors commencent les ennuis, les angoisses, les dettes chez les fournisseurs et même envers les laquais de confiance chargés des dépenses secrètes de la dame et dont l'insolence va jusqu'à emprunter eux-mêmes à d'autres pour subvenir aux besoins de leur maîtresse. Celle-ci, comme de juste, cache tout à son mari, et sa vie n'est plus qu'un tissu de subterfuges, de menteries et de dissimulations dont on peut attendre les plus funestes conséquences. Un mari qui connaît la vie doit prévoir cela, s'y préparer et, quand le désordre a atteint certaines proportions, y porter remède résolument. Le mieux sera de diriger ou de faire dirier la conversation, en présence de sa femme, sur
les dettes des dames du pays, leur mauvais crédit, etc. , ce qui permet au mari d'excuser, en apparence, ces fautes vénielles chez déjeunes femmes qui débutent dans le monde et d'inciter de cette façon la coupable à lui faire ses confidences. Si le petit stratagème réussit, et c'est ce qui arrive le plus souvent, en ce cas le mari prend à sa charge les dettes de sa femme, les paye immédiatement, parce que l'honneur du ménage l'exige, et enfin la prie de toujours s'adresser à lui quand par hasard ses caprices auraient dépassé ses « épingles ». Sans donc l'humilier ni la blesser, l'adroit et expert époux aura corrigé et guéri sa femme d'un vice très dangereux.
Une jeune fille élevée dans la retraite et le recueillement aspire d'autant plus à connaître le monde, mais se fait en général une idée très fausse des plaisirs qu'elle y trouvera. Tout ce qu'elle a entendu dire aux domestiques ou autres mauvaises langues du despotisme marital, de la nécessité de s'en défendre et d'y échapper le plus vite possible lui inspire une certaine défiance à l'endroit de son mari, dont un des premiers soins devra être de réagir contre cette prévention en accordant à sa femme tous les plaisirs licites qu'elle peut souhaiter et, particulièrement, en ne la reprenant pas, pour des fautes légères, en public. Ce que la jeune femme désire avant tout est de paraître une vraie « dame », et il ne faut pas l'exposer à ce que les innombrables séducteurs qui l'entourent la plaisantent en lui disant « qu'elle est une petite fille et que son mari la (( fouettera », ou d'autres gentillesses de la sorte