‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 155 sur 190 · MERES QUI NOURRISSENT 6Z · texte numérisé non relu

MERES QUI NOURRISSENT 6Z

qui l'irritent vi lui font prendre en aversion la vie conjugale. Ainsi, ménageons Tamour-propre de nos femmes.

Ne soyons pas non plus jaloux ou soyons-le modérément. Se défier de sa femme, sans motif sérieux, est une injustice notoire ; la reprendre ouvertement, quand sa conduite autorise les soupçons, est une insigne maladresse qui ne saurait avoir pour résultat que d'aviver son inclination pour 1' « autre ». Avec des natures sensibles, dociles, capables d'amitié, il vaut mieux ne pas tenir compte de certaines apparences où la vanité a la plus grande part. Le mari tire, à l'occasion, d'une telle conduite des avantages bien plus considérables que s'il se mettait à jouer le rôle d'un amant jaloux; car l'amant, lui, peut y renoncer librement dès que la jalousie lui devient insupportable, mais le mari ne le peut pas.

De la femme en tant que mère, Fernan Nunez ne dit que quelques mots. Tout ce qu'on trouve dans son écrit à ce sujet est une allusion à la manie qu'avaient alors les femmes du monde d'allaiter, bon gré mal gré, leurs enfants. L'influence de Rousseau, on le voit, s'étendait au delà des Pyrénées. « Au- (f jourd'hui c'est devenu une mode et même une « vanité que de nourrir ses enfants, et j'ai vu des « mères exposer leurs jours pour soutenir cette <t espèce de gageure. Tout extrême est également « mauvais. Le raisonnable est que ces mères-là « seules allaitent leurs enfants que nous choisirions « pour leurs nourrices et que les autres qui n'ont « pas les qualités requises s'abstiennent de ce soin. »

Après l'éducation et le mariage, le comte devait nécessairement aborder le problème religieux. C'est ce qu'il fait avec une complète franchise et sans esquiver les difficultés de cette question fort scabreuse. Ses solutions assurément pourront surprendre un peu ceux qui s'attendaient à voir Fernan Nuriez se poser ici en champion décidé de la a philosophie » ; ceux-là seront déçus. Bien loin de recommander les doctrines nouvelles ou seulement d'indiquer les résultats utiles qu'il est permis d'en attendre, Fernan Nunez les combat résolument, et les distinctions subtiles qu'il tend à établir entre la vraie et la fausse philosophie n'atténuent guère la sévérité du verdict qu'il croit devoir prononcer contre les philosophes en général. « Un autre écueil, dit-il à « ses fils, est l'esprit de la fausse philosophie qui « domine par toute l'Europe. Rien n'est plus res-

(( pectable qu'un vrai philosophe, mais si cette

« catégorie (celle des vrais philosophes), peu nom- « breuse, mérite toute votre vénération, il n'en « est pas de même de la masse innombrable des « faux philosophes qui, par leurs légèretés, leurs (( extravagances et leur esprit d'irréligion et de <c désordre, prétendent, sous ce nom qu'on ne peut « leur donner que par ironie, dissimuler leur igno- « rance. )) Voilà qui ressemble fort à une condamnation sans appel de la plupart de nos grands hommes du XVIII* siècle ; et, d'ailleurs. Don Carlos ne nous ayant pas donné la définition exacte de son « vrai philosophe », il ne nous est pas possible de savoir quels sont ceux qui échapperaient à cet anathème. Point

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