VIII AVANT-PROPOS
effleurées jadis les escarpins étroits et les fins souliers de soie de tant de puissants seigneurs et de belles dames. Dans les appartements, l'abandon et le délabrement apparaissaient partout. Peu ou point de ces meubles élégants et futiles qui font le charme et le luxe d'une existence aristocratique ; seulement le strict nécessaire pour les hôtes de passage qui occupaient mais n'habitaient pas la maison.
A la vérité, les collections artistiques et autres, précieux gage des financiers prêteurs, étaient à leur place : l'arsenal, ce fameux arsenal apporté de Guadalajara, résidence seigneuriale des ducs de l'Infantado, puis le médaillier, la bibliothèque; mais les prodigalités du maître, comme aussi, sans doute, des mains infidèles avaient déjà pratiqué de larges brèches dans ces trésors. Aux armures des chevaliers bardés de fer et assis sur leurs chevaux de tournoi manquaient à l'une son heaume, à l'autre ses gantelets ou ses éperons ; dans le médaillier, des lacunes suspectes attestaient la disparition de mainte monnaie de prix, et, sur les rayons de la bibliothèque, on eût en vain cherché plusieurs de ces manuscrits que le grand marquis de Santillane, ancêtre des ducs, avait fait écrire et enluminer avec tant d'amour pour récréer et polir son esprit dans le commerce des bonnes lettres.
« Quelle maison. Monsieur, et ce qu'ils en ont fait ! », s'écriait avec désespoir le vieux ser-