‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 3 sur 190 · AVANT-PROPOS IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS IX

viteur qui me dénonçait en passant ces pertes ou ces déprédations. Celui-là, malgré la misère des temps, gardait le culte des antiques gloires de la famille. Celui-là et un autre personnage, décoré, je crois bien, du titre de « bibliothécaire de l'Excellentissime seigneur duc », mais dont Tunique emploi consistait à venir tous les jours, deux heures durant, tousser et gémir dans la pièce où, grâce à un des plus opulents créanciers de D. Mariano, j'étais admis à travailler. Je vois encore le pauvre homme penché sur un magnifique brasero et tenant entre ses doigts décharnés une cigarette qu'il essayait en vain d'allumer et de porter à ses lèvres exsangues, et j'entends encore l'horrible toux qui lui déchirait la poitrine et me causait à moi-même une véritable angoisse.

Heureusement, ce tête-à-tête très peu gai était parfois rompu par un personnage moins lugubre, chevalier de Saint-Jacques ou d'Alcântara, qui cherchait à tromper l'ennui d'une disponibilité quelconque en venant faire tertulia avec mon moribond. C'étaient alors d'interminables bavardages sur les événements du jour, agrémentés — comme il arrive entre Espagnols qui se lespcdciil — do critiques acerbes à l'adresse du gouvernement; c'étai( ni aussi des lamentations sur la décadence des oidres militaires ou autres institutions fort respectables et d'une utilité non moins reconnue. Le chevalier parlait seul le plus souvent, son interlocuteur

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