MEDI>\ SIDONI\ ET HEAV MARCHAIS
nt'cessairc de les commenter un peu ; aussi bien profiterons-nous des allusions qu'elle renferme pour présenter au lecteur certains personnages dont il retrouvera souvent les noms dans la suite de ce récit. — Le gros événement du jour, qui a fort ému nos courtisans, suscité des rivalités et des intrigues, c'est la mort du onzième duc de Medinaceli, D. Luis Antonio Fernândez de Côrdoba ; il laissait vacante la charge de grand écuyer et, comme cela devait être, les compétiteurs ne manquèrent pas. Ce fut le duc de Médina Sidonia, D. Pedro de Alcântara Ferez de Guzman el Bueno, grand écuyer du prince des Asturies depuis 1765, qui l'emporta. Fort grand seigneur par sa naissance et ses alliances, il passait pour avoir l'esprit ouvert, orné, curieux. Casanova, qui allait à sa tertulia, le qualifie d' « homme de lettres, sage et solide*; )> et Beaumarchais, dans l'étonnant et effronté mémoire qu'il rédigea pour Clioiseul lors de son séjour en Espagne (1 76 i) et où il propose, entre autres extravagances, de procurer une maîtresse à Charles III '^, le recommande chaudement et s'applique
1. Mémoires, éd. Garnier, t. VII, p. 441. Qu'on ne s'étonne pas de nous voir invoquer ici le témoignage de cet auteur décrié. Plusieurs travaux récents ont démontré la parfaite exactitude des renseignements de Casanova sur les choses d'Italie et de France. Nous avons constaté qu'il n'était pas moins bien informé des choses d'Espagne : de celles, bien entendu, qui étaient de sa compétence.
2. Une fille de Charles de Jaronte ou Gérente, marquis do Scnas, mariée au franc-comtois Maximilien de La Croix, qui entta au service d'Espagne, fut inspecteur général de l'artillerie et du génie et mourut à La Corogne, le il avril 1768,
à démontrer combien il conviendrait que ce duc fût nommé ambassadeur en France à cause de ses talents et de ses sentiments très français. « Son enthou- « siasme pour tout ce qui vient de Paris, son goût ce décidé pour la littérature qui luy fait mépriser les « usages et l'ignorance espagnolle, et surtout la (( tournure de son caractère qui le rend si propre à « être séduit, enchanté et enchaîné par M. de Choi- <( seul me l'ont fait rechercher plus qu'un autre et (c l'heureuse découverte que j'ay faite de l'extrême « envie qu'il aurait d'être nommé à l'ambassade de « France m'a confirmé que j'avois très bien vu « d'abord *. » Choiseul dispensa Beaumarchais de lui trouver un ambassadeur agréable en coupant court à l'intrigue. Le futur auteur du Mariage de Figaro en fut pour ses frais et, en dépit de ses efforts, le duc ne vint point à Paris. La charge d'écuyer du Prince qu'il quitta en 1768 fut donnée, comme le dit Fernan Nunez, à D. Joaquin Antonio de Palafox, sixième marquis d'Ariza. Voilà, en somme, d'intéressantes nouvelles pour nos deux jeunes chambellans, qui ni l'un ni l'autre n'avaient rien de si élevé à prétendre, mais qui, placés dans la coulisse et très au courant des ambitions et des manèges d'un
étant capitaine général de la Galice. Le baron de Gleichen donne sur la marquise de curieux détails dans ses Souvenirs, pp. 166 et suiv.
1. Mémoire sur l'Espagne. Comédie Française. Papiers mss. de Beaumarchais, t. III. Ce passage ne ligure pas dans l'édition dudit mémoire publiée par Ed. Fournier, Œuvres de Beaumarchais, Paris, 1876, p. 745 et suiv.
LA DUCHESSE DE L INFANTADO 4d
chacun, n'en jouissent pas moins en spectateurs désintéressés de ces incidents de palais. — Don Carlos nous parle aussi de doux grandes dames. En premier lieu de la veuve de Medinaceli, D'' Maria Francisca Pignatelli y Gonzaga, fille du comte de Fuentes, ambassadeur en France, et par conséquent sœur du séduisant marquis deMora, première victime des feux de l'ardente M^'° de Lespinasse. L'autre, la duchesse douairière de l'Infantado, à qui le colonel de V Immémorial compte remettre une des clefs de sa vertu, était sa cousine germaine. Femme d'Age déjà, puisqu'elle mourut à soixante-trois ans en 1770, D'' Maria Francisca de Silva avait, par son mariage avec le marquis de Tavara, porté le duché de l'Infantado dans la maison de Tolède. Son fils, titré marquis de Tàvara, du vivant de sa mère, devint plus tard douzième duc de l'Infantado. C'est lui qui avait épousé la princesse de Salm, sœur de notre Emmanuel. — Parmi ses amis, Fernan Nunez mentionne quelques diplomates : le prince délia Cattolica, ambassadeur de Naples à Madrid, de 1761 à 1770, puis grand écuyer de la reine Caroline, « homme « dévoré d'ambition et qui se croit propre à tout... (c peu délicat sur les moyens d'arriver à ses vues * ; » un autre prince, François de Paule Gundaccar, prince de Colloredo Mansfeld, ambassadeur impérial près la cour d'Espagne de 1767 à 1770, et le baron
1. Mémoire du baron de Breteuil sur la cour de Naples en 1773 (AfF. Etr. ; Naples. Mémoires et documents, vol. 1. fol. 100).
de Friesendorf, ministre plénipotentiaire de Suède ; enfin de hauts fonctionnaires, ou grands officiers de la cour : le comte de Banos, D. Joaquin Manrique de Zufiiga, qui avait été grand écuyer et grand maître de la reine Isabelle Farnèse et devint plus tard (1778) président du Conseil des Ordres ; le marquis de Villafranca, D. Antonio Alvarez de Toledo, et surtout un intime, le duc d'Arcos, D. Antonio Ponce de Léon, titré duc de Banos du vivant de son frère, Don Francisco, auquel il succéda, en 1763, dans le duché d'Arcos. Très magnifique seigneur, d'une générosité et d'une libéralité excessives qui causèrent l'admiration de Casanova \ Arcos avait fait, dans sa jeunesse, les campagnes d'Italie et s'y était fort honorablement comporté ; il fut créé capitaine de la compagnie espagnole des Gardes du Corps et plus tard capitaine général. Charles III, qui ne prodiguait pas sa royale amitié, avait pour lui une affection toute particulière.
(( Voilà pour les nouvelles politiques, passons à les militaires, » comme ditFernan Nunez. En fait de militaire, il n'était question alors que de la prochaine publication des Ordonnances, ces fameuses ordonnances qui depuis plus d'un siècle régissent encore l'armée espagnole et dont le principal rédacteur fut le colonel D. Antonio Oliver, secrétaire de la dernière junte chargée de les préparer '. L'œuvre, commencée sous