‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 24 sur 190 · CARNAVAL DE 17G · texte numérisé non relu

CARNAVAL DE 17G

Ferdinand VI parD. Sébastian Eslava, ministre de la «(uerre, le marquis de La Mina, le comte de Revillagigedo, D. Jaime Masones de Lima, D. Antonio Manso et d'autres, traîna vingt ans et passa par beaucoup de vicissitudes. Elle fut enfin terminée sous Charles III par Aranda, ses amis ou ses créatures, O'Reilly, le comte Gazola, Zermeno, etc. Au dire des connaisseurs, il paraîtrait que ces Ordonnances, remarquables par l'esprit élevé et libéral qui les a dictées, n'ont pas trop vieilli et que leurs dispositions essentielles restent parfaitement applicables à une armée moderne.

Déjà dans sa première lettre, Fernan Nufiez avait fait quelque allusion à l'exil de Salm à Majorque ; il y revient, en plaisantant son ami, le 6 février, dans un billet daté du Pardo. Le Pardo c'était la résidence où Charles III habitait du mois de janvier au printemps, ou pour mieux dire, car tout dans cette cour obéissait à de minutieux règlements, depuis le 7 janvier, lendemain des Rois, jusqu'au samedi veille des Rameaux. On ne s'y ennuyait pas en 1768; le carnaval y fut gai. « Les tentations ici sont nombreuses ; (( pour te consoler, je t'envoie la liste des invités et c( le compte de l'argent gagné jusqu'à ce jour, et la « suite à la poste prochenc ' ». Pour finir, un pompeux éloge dugrandécuyt r : << Médina Sidonia est fort (c bien reçu ; il va tous le jour à la chase ai^ec le

1. Les lettres de Fernan Nufiez sont désormais toutes en espagnol, mais mêlées de temps à autre de mots français, que nous soulignons.

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« Roi, il le disteingue et le fait tirer toujour ; il a fait « présent à S. Mg^ d'un fusil de Zegarra * dont le « Roi n'en açet poin. Tout le monde le loue et je « pense qu'il se fera estimer. Quant à la table et au « reste de la magnificence, n'en parlons pas ; tu le « connais. »

Pendant que Fernan Nufiez mène j oyeuse vie au sitio, Salm se morfond à Majorque où il était arrivé après une mauvaise traversée à la fin de l'année 1767. Un très vieux guerrier catalan, D.Antonio de Alos y Rius, marquis d'Alôs, y commandait. Ce n'était pas précisément un boute-en-train, et le salon de la capitainerie générale de l'île n'inspirait guère d'idées folâtres, s'il en faut croire le marquis de La Romana, jeune colonel de cavalerie, ami des nôtres : « Hier je fus au Palais, « seulement jusqu'à dix heures. Le général dormait « et Madame tricotait des bas avec ses petites-filles, « et sa bru '^. )) Fernan Nunez se moque donc agréablement de son ami quand il le met en garde contre les séductions de Majorque. « Tu ne me dis rien de (( tes bals masqués ; tu n'en parles qu'à la marquise « parce qu'elle s'y connaît '. D'après ce que j'en « entends dire, je crois qu'elle n'éprouvera nul « scrupule de t'y laisser aller, car dans ce tourbillon « du monde tu n'as pas dû avoir le temps de céder

1. Miguel Zegarra, arquebusier du Roi de 1768 à 1783 ; voir J. M^. Mai'chesi, Caldlogo de la Real Armeria, Madrid, 1849, 2e partie, p. 107.

2. La Romana à Salm, Majorque, 23 novembre 1768 (Bibl. Nat. Ms. Esp. 407 *", fol. 23).

3. Aimable ironie : la marquise de Tavara, sœur de Salm, vivant habiLuellenient plongée dans ses dévotions.

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« aux tentations. » Au reste Salm a des devoirs sérieux, il faut qu'il apprenne à connaître son régiment dont la composition est détestable, « infâme », dit Fernan Nunez. Naturellement, Salm a formé des projets ; il arrive, comme tout nouveau colonel, avec d'excellentes intentions et un plan de réformes dans sa poche. Il voudrait recruter h Avignon, en terre papale ; il s'occupe aussi des cadets et rédige de longs et savants mémoires à l'adresse de Muniain. En même temps, il ne néglige pas ses intérêts et sollicite pour lui-même la première commanderie vacante d'un ordre militaire, qu'il charge Fernan Nunez d'obtenir par l'entremise de Grimaldi, le ministre alors le plus en faveur.

Quelque temps s'écoule ; nous sommes en juin et bien loin de Madrid : à Fernan Nunez. Avec ce déplacement, qui est une retraite forcée, les lettres du comte changent complètement de ton et de sujet. Plus de bavardages et d'indiscrétions sur les petits incidents de la cour, plus de courrier des résidences ni de chronique scandaleuse. Le grand air des champs et la vie saine de la province ont dissipé ces vanités folles; le courtisan débilité condamne ses excès, fait acte de contrition et de profond repentir. « Gerce tes, j'ai bien mérité les maux dont je souffre ; les « ayant contractés et m'en étant guéri une fois, j'ai « eu comme une révélation surnaturelle de la vérité (( et du bien. Je n'en ai pas tenu compte et, quoique « parfaitement instruit de ce que je perdais, je me « suis enlizé une seconde fois dans les plaisirs dont « j'avais réussi à me dépêtrer. Jamais je ne payerai

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« assez cette faute \ » Son peccavi récité avec l'accent de componction le plus sincère, Don Carlos proteste au moins qu'il a, depuis sa rechute, vécu en sage et s'est conduit comme il le devait pour se guérir. Après les frictions du docteur Fernandez, il a observé deux quarantaines de diète qui l'ont mené jusqu'au 9 février. Aussi, pourquoi Salm luireprochet-il d'avoir soupe pendant les derniers jours du carnaval ? Une nourriture substantielle ne pouvait lui nuire alors. Pour se guérir complètement, il est venu à Fernan Nunez avec le médecin du régiment. Voilà quarante-deux jours qu'on le frictionne et le baigne; les douleurs qu'il ressentait à la jambe ont cessé et il ne désespère plus maintenant de son rétablissement. Il a pour société l'ami Caamano que Salm connaît bien: Don José Caamano, de famille noble galicienne, qui servait alors avec le grade de lieutenant au régiment du Roi et y commandait une compagnie. Protégé et ami de Fernan Nufiez, cet officier fit, grâce à l'appui du comte, une rapide carrière militaire et diplomatique. Major du régiment de Majorque en 1775, colonel en 1776, il suivit Fernan Nunez à Lisbonne, en 1778, où il remplit les fonctions de secrétaire de l'ambassade d'Espagne ; Charles III, en 1785, le nomma brigadier, et Charles IV maréchal de camp, puis ministre d'Espagne en Suisse, en 1791, pour y négocier des levées de troupes et détacher, si possible, les Suisses de l'alliance française. Caamano, c'est le familier, le fidèle, le

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