‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 4 sur 190 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

ne réussissant guère qu'à balbutier, entre deux quintes, des paroles inintelligibles; mais tous deux, placés en face de moi, m'observaient du coin de l'œil avec stupeur. « A quoi bon, grand « Dieu, compulser des manuscrits, quand il y a (( tant de livres en belles et bonnes lettres de (( forme », devaient-ils se dire en eux-mêmes, si tant est qu'ils pensassent quelque chose à mon sujet.

Ces deux hommes, l'un par sa décrépitude physique, l'autre par les propos qu'il tenait, me rapprochaient également du passé ; aussi pouvais-je me croire, en leur présence, transporté en plein xviii° siècle. Sans grand effort d'imagination, je me représentais les derniers moments de splendeur de la Grandesse espagnole avec ses majorats et ses seigneuries, ses petits-maîtres et ses majos, et peu à peu je sentis naître en moi le désir d'acquérir une notion plus exacte de ce qu'avait été cette société dont, dans ce palais délabré, les décombres matériels m'entouraient. Quels furent ces grands seigneurs, derniers représentants de la caste telle que l'avaient faite les maisons d'Autriche et de Bourbon, quels furent leur rôle dans l'État, leur genre de vie, leurs idées et leurs passions dominantes? Autant de questions que j'aurais voulu résoudre. Mais alors je ne trouvai rien d'assez authentique ni rien d'assez vivant pour m'éclairer sur ces choses et je dus renoncer au projet qui m'avait un instant souri.

AVANT-mOPOS XI

Longtemps après, la découvcrle d'une série de lettres adressées par un Grand d'Espagne, le conUe de Feinan Nu nez, assez proche parent des ducs de l'Infanlado, à un prince allemand de la maison de Salm Salm qui servit successivement en Espagne el en France pendant la seconde moitié du xviii" siècle, me fournit les niah liaux qui me manquaient et qui me permetlenl aujourd'hui de traiter en partie le sujet que je n'avais fait qu'entrevoir il y a tantôt quatorze ans. Les lettres de Fernan Nunez formeront donc comme la trame de ce récit, que compléteront des renseignements pris ailleurs, notamment dans la correspondance diplomatique des ambassadeurs français en Espagne, source très riche et très suie.

Jusqu'ici, le xvrii*' siècle espagnol, envisagé par les historiens nationaux et étrangers comme une ('j)()([ue sans caractère propre, toute d'imitation et d'emprunt, a peu tenté leur curiosité. L'Espagnol pati'iotc veut ignorer ce temps où sa nation n'exerça pas la suprématie, et 1 (danger le néglige aussi parce qu'il n'y retrouve pas rintensilé de couleur locale, les manifestations vives el sincères du génie espagnol qu'offre la période antérieure du xvi' et du xvii*' siècle. C'est pourquoi nous ne possédons encore sur le xviiT' siècle qu'une seule histoire suivie, œuvre d'ensemble et de longue haleine, celle de Ferrer del Rio ; encore le livre en question ne traite-t-il explicitement que du règne réformateur de

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