‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 41 sur 190 · Mémoires, t. VII, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. VII, p

un Colonna, Lorenzo Philippe, exempt des Gardes du Corps, fils de Ferdinand, prince de Stigliano ; puis Vincenzo Imperiali, qui commanda divers régiments italiens et, sous le règne de Charles IV, fut mis à la tête de la compagnie italienne des Gardes du Corps. Bonavia doit être Bonifazio Bonavia, créé brigadier en 1773, maréchal de camp en 1779 ; et quant à Laanty, peut-être faut-il l'identifier avec un Virgineo Lanti nommé brigadier en 1773.

Madrid, 29 juillet. — Inquiet et mécontent du silence de Salm qui dure depuis quatre courriers et qu'il ne saurait attribuer qu'à une bouderie d'enfant jaloux. « La dame est dans les dispositions que tu « peux penser et ne veut pas t'écrire. Ma foi, je ne « vois pas de raison pour qu'elle le fasse, puisque « tu te conduis ainsi envers elle. Mais ne va pas croire « que c'est moi qui lui en ai donné le conseil. Cela « posé, changeons de système à l'avenir et cessons ces « enfantillages ». — Clôture des concerts, au grand désespoir de tout le monde, car ils avaient fort réussi. Les danseurs vont à la Granja (Saint-Ildephonse) et à Valence. Le comte (Aranda) n'a pas voulu les autoriser à reprendre les représentations, d'octobre à Noël, comme ils l'avaient sollicité. Le 3 août commenceront les zarzuelas. Don Carlos poursuit toujours sa (( Levrette », qui lui échappe et va se rendre au sitio. Elle reviendra danser l'hiver à Madrid avec ses trois frères.

Madrid, 2 août. — Remercîments pour les exacts renseignements sur Dameto, cet officier majorquin

amant présumé de la Marcuci \ Fernan Nunez est maintenant persuadé que ce rival n'a pas obtenu de grandes faveurs [cosa mayor) ; aussi est-il d'autant plus décidé à pousser sa conquête et à redoubler d'attentions. « Cela me coûtera quelque argent et de « la patience ; mais, pendant ce temps, je ne pense « pas à autre cliose et me porte bien. Mieux vaut « qu'elle prenne ce que me prendraient sûrement les « chirurgiens, si je ne la voyais pas ». — Départ d*Aranda, le dimanche h quatre heures. Toutes les troupes, y compris les Gardes du Corps qui n'étaient pas de service, se sont formées. Rubio, comme il a été dit, commandera les armes de la ville et de la province, à la place du comte. « On ne lui a pas « augmenté la garde de six hommes et d'un sergent « qu'il avait précédemment, et on ne lui a pas fait « d'autres honneurs. La comtesse d'Aranda conserve « ses honneurs et sa garde. Le duc d'Albe est allé « se présenter à Rubio, le soir même du départ du (( comte ; en sorte qu'après s'être retiré de la foret mation, le gouverneur a rencontré à la porte de sa « maison le duc qui venait lui rire au nez : il n'en fait « jamais d'autres. » — Ce duc d'Albe, D. Fernando de Silva, rappelait par certains côtés son illustre aïeul, le grand guerrier d'Italie et des Flandres. Quoique le duché eût changé de famille, passant des Alvarez de ïoledo aux Silva, et que les mœurs se fussent

1. Sans doute, D. Antonio Daraeto y Dameto, septième marquis de Bellpuig, mort maréclial de camp eu 1805 (J. M» Bover, Noticias histàrico-topogrâficas de la isla de Mallorca, Palma, 1864, p. 305).

singulièrement adoucies en Espagne depuis la fin du XVI® siècle, quelque chose de l'impitoyable rigueur et dureté de l'acolyte de Philippe II s'était continué chez le contemporain du débonnaire Charles III. Un écrivain familier de la maison d'Albe et qui en avait recueilli la tradition a écrit d'un corregidor du duc, affreux homme appelé Grima, qu'il était (c plus c( despote et plus féroce que le vieux duc Fernando (c lui-même, ce qui n'est pas peu dire\ » Élève, comme Béjar, de Juan de Iriarte, le duc d'Albe passait pour instruit et lettré, et l'était en effet. Quand Ferdinand VI lui confia l'ambassade de Paris, en 1746, époque où il n'était encore qu'héritier présomptif du duché d'Albe et portait le titre de duc d'Huéscar, Don Fernando s'entoura bien ; il fit nommer secrétaire de l'ambassade le futur réformateur de la poésie espagnole dans le sens franco-italien, Ignacio de Luzân. Plus tard, sa réputation d'ami des lettres lui valut un fauteuil à l'Académie Espagnole dont il devint même directeur, de 1754 à sa mort (15 novembre 1776). Aucun de ses contemporains ne lui refuse, à côté de son solide savoir, un réel talent et de l'esprit. A Paris, on le prisa assez et l'on goûta ses belles manières et sa magnificence. « Il n'est pas « d'une taille ni d'une figure avantageuses... Il a la « vue extrêmement basse. D'ailleurs il a de l'esprit, « de la politesse, beaucoup d'usage du monde ; c'est « un grand seigneur, et l'on en juge aisément quand

1. José Somoza ; voy. L. A. de Cueto, Poetas liricos del siglo xviiif t. II, p. 459*.

« on le connaît. Il paraît accoutumé à une grande « représentation ; il a quatre ou cinq grandesses et (( quatre ou cinq cent mille livres de rente *. w Mais si tous lui accordent des dons naturels, — Fernan Nunez, qui ne Vaimaiii^SLS, dit mcmc un grantalento*, — tous, en revanche, parlent fort mal de son caractère violent, fantasque et de sa morgue insupportable. Ferdinand VI fit de lui son grand-maître [mayordomo mayor), mais Charles III, plus jaloux de son autorité, moins distrait et inconscient que son frère, ne put supporter longtemps les manières hautaines et insolentes de ce Grand ; il accepta sa démission (décembre 1760), l'envoya pour quelque temps dans ses terres et le tint en disgrâce. Dès lors, quoiqu'il sentît son crédit fort entamé et son rôle politique à peu près fini, le duc chercha à plusieurs reprises à rentrer en faveur et, dans cette intention, s'appliqua à ruiner Aranda, mais n'y réussit point. Aranda, non moins arrogant que le duc d'Albe, était, en sa qualité d'Aragonais, plus obstiné et persévérant ; le Roi, sans l'aimer, appréciait son énergie et son activité dévorante, et, parfois, recevait en silence et avec une apparente bonhomie ses rudes coups de boutoir. Le grand-maître disgracié ne pouvait rien contre un tel rival qui s'était rendu indispensable et avait l'oreille, sinon le cœur, du Roi ; aussi cherchat-il ailleurs à occuper son esprit d'intrigue et à re-

1. Duc de Luynes, Mémoires^ t. VII, p. 228 (24 février 1746).

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