DON CARLOS A PARIS
riiiver et le printemps de 1775, jusqu'au mois de juin, date de l'expiration du conp^é. « Voilà mon nou- (( veau plaiK iiKiiiitciiant (juc j"ai renouer au premier (( qui devait me eonduiie en Russie et dans d'autres (( pays du Nord ».
Mais Fernan Xunez modifia encore ce second plan et renonça niornentanénient au voya^^^e d'An<>leterre et de Hollande. Nous le rejoignons à Strasbourg au mois de mais 1774. Arrivé dans cette ville, il ne peut résister U IChn ic de jxmsser une pointe jusqu'à Paris. Ses voyages en Autriche el eu Prusse, qui lui ont donné l'occasion de frayer avec la première aristocratie de ces pays et d'approcher de souverains tels que Marie riu'K'sc et Frédéric, n'ont rien laissé du goût de terroir qu'il pouvait avoir emporté d'Espagne. Il est maintenant tout à fait cosmopolite et dégrossi, di^iic d "ailioiitci' la société et la cour les plus raflinées du monde et de s'y mouvoir à l'aise. Le sentiment de la famille agit aussi en lui : cet orphelin aspire à connaître le frère de sa mère ; il pressent à Paris des amitiés, des sympathies autres que celles qu'il a connues jiis([iri(i, et il a hâte d'en jouir.
Piiiis, 1 1 murs 1774.
« Ma chère sœur, me voici à Paris depuis hier à cinq heures. C'était bien tentant, et comme mon fort n'est pas de résister aux tentations, aussitôt après t'avoir écrit de
Ïtrasbour^^ et remis ma lettre au courrier, je me suis écidé à partir. J'avais annoncé à notre oncle' mon 1. Louis-Marie-Brctague-Dominique de Roliau Cliabot, uc de Roliaii et prince de Léou, né le 17 janvier 1710, mort
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arrivée pour le 16, mais, comme les postes d'ici marchent autrement que celles d'Allemagne, je suis arrivé ici deux jours plus tôt ; à cinq relais seulement de Paris, j'ai avisé l'oncle afin qu'il n'eût pas le temps de se déranger pour venir à ma rencontre. Il ne l'a pas eu, en effet, et j'ai pris une remis (remise) pour me conduire chez l'oncle, où j'ai été reçu par notre tante* ; son mari est venu une demi-heure après. De l'un et de l'autre je te parlerai par le menu dans une autre lettre, sachant combien tu aimes les détails de toutes choses, surtout de celles qui t'intéressent à ce point. Lui, cela se voit aussitôt, est la bonté même. Elle, avec plus de brillant et beaucoup d'aménité, possède, dit-on, les mêmes bonnes qualités. Il y a auprès d'eux un abbé La Fontaine qui est dans la maison depuis sept ans et qui fait l'effet d'un homme aimable et intelligent. Il m'a l'air d'être quelque chose comme jadis le Torres * de la maison de l'Infantado. Mais je garde cela pour un autre courrier. Je t'assure que c'est pour moi une grande satisfaction de me voir chez de si bons parents; j'en éprouve une consolation et un plaisir inexprimables. Nous avons beaucoup parlé de toi et regretté de ne pouvoir te faire partager ces agréables moments.... Je t'écris cette lettre de chez Aranda, qui dîne aujourd'hui chez notre oncle ; je te l'envoie par un extraordinaire avec le portrait que j'avais depuis longtemps et n'avais pas pu t'envoyer plus tôt. Les plumes d'Oquendo^ ne valent pas cher et son encre n'est
à Nice, le 28 novembre 179L II était alors maréchal de camp des armées du Roi.
1. Charlotte-EmiHe de Grussol d'Uzès, mariée le 23 mai 1758 au duc de Rohan.
2. S'agirait-ii du fameux Diego do Torres Villaroel ? Il est vrai de dire, cependant, que, dans son autobiographie, Torres ne nomme pas, parmi ses protecteurs, les ducs de l'Infantado.
3. D. Joaquin Oquendo, jeune officier qu'Aranda avait peut-être mené avec lui à Paris. En 1775, il était capitaine
LE DUC ET LA DUCHESSE DE ROUAN i21
pas plus noire que la mienne : je n'y puis rien. Caamano se met à tes pieds ; il est tout abasourdi de se voir à Paris plus tôt qu'il ne pensait Te regrette que tes diamants soient partis sans que j'aie pu les voir. Mes habits sont du meilleur goût ; je t'en remercie et te prie de me continuer tes bons ofTices. En voilà assez pour aujourd'hui Je ne puis assez te dire quel plaisir c'est pour
quelqu'un qui ne s'en doutait pas de se trouver au milieu des siens quand ils sont si bons. Le cœur est dans son centre et goûte vraiment tout le bonheur qu'il est capable d'éprouver. Je regrette beaucoup, beaucoup de ne pas t'avoir ici ; mais je forme des projets pour plus tard, pour quand, du moins, j'aurai plus de papier à ma disposition. »
Cin(| jouis plus tard (19 mars), Don Carlos est encore sous le ( harme de l'accueil cordial qu'il a reçu des Rohan ; mais il se rend mieux compte maintenant de ses premières impressions, il peut les analyser avec plus de précision et les dépeindre avec plus de nuances. Il a eu le temps aussi d étiidici' de près son oncle et sa tante, au physique et au moral, et de composer les portraits que sa sœur attend avec une si vive impatience.
« Chaque jour je suis plus content de nos parents, et je crois qu'ils le sont aussi de moi. Dès le premier abord, je les ai traités avec la plus grande franchise et conGance ; cela m'a gagné la leur, en sorte que je sens bouillonner dans mes veines le sang français qui, à la vérité, y dormait depuis longtemps : il me semble que je suis né ici. La tante, qui a dû être fort jolie femme et qui maintenant est un peu flétrie, à cause de la petite vérole qu'elle a prise l'an dernier avec l'inoculation, a la taille de la
de l'Immémorial et prit part à rcxpéditioii (i.nirn Alger, comme adjudant d'O'Kcillv. Nomme lieuUnaiil i^énéral eu 1795.
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Benavente*, avec quelques doigts de plus et un en bon puoini raisonnable : ni trop forte ni trop maio^re. Elle a beaucoup d'esprit et l'a très bien employé, car elle a appris la physique, la géographie, etc. En ce moment, elle s'occupe de chimie. Mais ce qui fait son grand mérite est de ne point se vanter de ses études. Elle s'exprime bien, avec un ton de voix agréable et une manière franche. Elle est vive, aime à dire ce qu'elle pense, sans blesser personne, et prise ceux qui font de même. Parfois, il lui arrive de mettre un peu de piment dans ses propos, sans cependant s'acharner à son opinion, ce qui serait contraire à la dévotion qu'elle professe sincèrement, mais pas avec autant de rigueur que M™® de l'Infantado. L'oncle est plus sévère, toutefois sa dévotion n'incommode personne. Son premier principe est de laisser les autres vivre à leur guise, pour vivre, lui, à la sienne ; il n'est jamais plus content que lorsqu'il peut faire plaisir à quelqu'un, dût-il lui en coûter quelque gêne. Il est grand comme Santiago, moins gros, et marche le dos incliné, la tête un peu basse, mais vite. Il porte une perruque blonde et de petits talons. Il n'a pas autant d'esprit que sa femme, mais on ne trouverait pas au monde d'homme plus honnête ni dont la physionomie exprimât mieux le caractère ; il a d'ailleurs toute l'intelligence nécessaire. Je l'aime de tout mon cœur. Il a soixante-huit ans^. L'abbé de Fontaine dont je t'ai parlé a beaucoup d'esprit et de douceur; je crois qu'il est fort honnête homme et que l'amitié seule l'unit à la duchesse et au duc également. Notre tante la maréchale de Lautrec^, avec qui j'ai dîné hier,
L La douzième comtesse de Benavente, D^^ Maria-Josefa Pimentai, qui épousa, en 1771, le marquis de Pefiaiîel, plus tard neuvième duc d'Osuna. Sa vie se prolongea assez avant de ce siècle-ci : elle mourut le 5 octobre 1834.
2. Don Carlos vieillit un peu son oncle, né, d'après le P. Anselme, le 17 janvier 1710.