‹ Études sur l'Espagne (volume 2)Chapitre 66 sur 190 · DINERS ET VISITES · texte numérisé non relu

DINERS ET VISITES

ressemble au duc, quoiqu'on lui attribue un esprit plus vif, qu'elle tempère, au reste, par la piété et la retraite auxquelles elle s'est vouée. On la dit janséniste, comme les pères de l'Oratoire, ses voisins, et un vieil abbé qui habile sa maison. Nous y avons dîné hier ; c'est la chose la plus charmante du monde. Situé dans un faubourg, rue d'Enfer, Ihôtel a un délicieux jardin et l'on y rencontre tout Paris. Elle est fort recherchée en toutes choses, et la maison, le jardin, les équipaj^es, la table sont à l'avenant. Nous avons bu deux fois à ta santé. L'autre soir, j'ai soupe chez le comte de Chabot ^, qui m'a conduit à l'Opéra, et, jeudi, chez M"^'' de la Ferté- Imbault, fille de M"** Geoffrin,- dont tu as peut-être entendu parler. Vendredi, grand souper de trente couverts chez notre oncle; Aranda, avec qui j'ai dîné mercredi, y assistait. La veille, il m'avait présenté au duc d'Aiguillon et lui avait annoncé ma présentation au Roi pour mon retour ».

Fernan Nunez mentionne encore d'autres personnes connues de sa sœur qu'il a rencontrées ou visitées : le comte do Viri, ambassadeur de Sardaigne ci ({iii l'avait ('le pKcédemment à Madrid; D. Luis Pignatelli, frère du niaifjiiis de Mena; lîciwick; Priego, etc.

Quoiqu'il ne comptât d'abord passer que huit jours à Paris, son dessein étant de se rendre le plus tôt possible en Angleterre, Don Carlos dut retarder un peu son départ afin de remplir, comme il conveii;iil, ses devoirs de fainilic et de sociiHé. On le

Daiiit 1-1 i.iiKois fie Gelas d'Ambres, dit le conito de Lautrec, maréchal de France,

1. Louis-Antoine-Aiii;ii>l.-. comte de Chabot, cousin germain du duc de Uolian auquel il succéda ou 1791.

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fêtait beaucoup : les Rohan d'un côté, l'ambassade et la colonie espagnole de l'autre rivalisaient d'attentions, il était en quelque sorte le héros du jour dans cette société hispano-française. Un accueil si empressé ne pouvait que flatter son amour-propre, sans compter que les distractions de tout genre que lui offrait la vie de Paris n'étaient point pour déplaire à ce qui persistait encore en lui du libertin d'antan. Mais, d'autres sentiments plus sérieux, plus élevés lui rendaient aussi le séjour de Paris particulièrement agréable et lui faisaient désirer, quand il serait revenu d'Angleterre, d'y demeurer longtemps. Il venait de se découvrir une famille ; pour la première fois de sa vie il se voyait entouré de vrais parents, simples, affectueux et confiants, de parents français, ce qui est tout dire, et il en éprouvait une satisfaction profonde. Lui, dont l'enfance avait été sevrée de caresses, se sentait revivre dans ce milieu qui, à ses yeux, représentait ce qu'aurait pu être le foyer paternel. Charmé et un peu troublé par cette existence nouvelle et si pleine de surprises agréables, son cœur déborde par instants ; il pense à sa sœur et s'en veut presque de goûter seul ces joies intimes dont elle aurait le droit de réclamer sa part. Il faut donc qu'elle vienne.

« L'oncle voudrait t'avoir ici aussi. Tu pourrais préparer doucement le duc * à te laisser faire ce voyage le dernier hiver que je compte passer ici, qui sera celui de 1775. J'irais te chercher à Bayonne : avec une soubrette,

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