LE DUC DE VILLAIIERMOSA
de Fcrnan Nunez est muette ; à peine y surprend-on une allusion très discrète et très voilée qui a été produite en son lieu. Nulle part non plus Don Carlos ne parle de la mort prématurée de Mora, due à l'implacable maladie de poitrine qui avait emporté la comtesse sa mère.
Après Mora, le comte de Fuentes eut quatre autres enfants : deux fils, Don Luis et Don Juan, et deux filles, qui furent mariées, l'une, D* Maria Francisca, au duc de Medinaceli, l'autre, D'' Maria Manuela, au duc de Villahermosa. Ce dernier, D. Juan Pablo de Aragon, fit partie un temps de la colonie espagnole en qualité d'attaché à l'ambassade du comte de Fuentes. En 1768, il était allé, avec son futur beaufrère Mora, voir Voltaire, ce qui ne veut pas précisément dire qu'il fût du petit groupe des « éclairés ». Comme tant d'autres, il n'allait à Ferney qu'en curieux. Voltaire, semble-t-il, ne s'y trompa point, et s'il fut très sensible au « mérite rare » de Mora, dont les propos lui parurent révéler un adepte sincère et très convaincu de la philosophie, il ne marque point que Villahermosa lui ait produit une impression si favorable \ Par son illustre extraction, son origine aragonaise et ses relations avec Aranda, le duc appartenait naturellement, en politique, au
1. Voyez les lettres de D'Alembert à Voltaire, des 5 et 23 avril 1768, et celles de Voltaire au marquis de Villevieille et au comte d'Argental, des l'*" el 6 mai 1768. On peut se faire quelque idée des opinions de Mora d'après un billet assez déclamatoire et humanitaire qu'il t'crivit à Condorcet (Ch. Henry, Lettres inédites de M^^* de Lespinasse, p. 265).
parti aragonais. D'allures assez déplaisantes, on le disait dévoré d'une ambition insatiable et peu regardant sur le choix des moyens. Le très perspicace Bourgoing, à l'occasion de la nomination du duc à l'ambassade de Turin, en 1778, le dépeint « fier, (( dissimulé, taciturne, mais rempli, dit-on, d'éner- (( gie et de connoissance *. » L'ambassadeur M. de Montmorin renchérit encore sur cette appréciation et dénonce certaines intrigues de Villahermosa qui, certes, ne sont point de nature à le rendre sympathique.
« Vous verrez bientôt arriver à Paris M. le duc de Villa-Hermosa, qui est destiné à l'ambassade de Turin. M. de Fuentes étoit son beau-père et il a habité longtemps à Paris avec cet ambassadeur. Il ne nous en aime pas davantage pour cela. C'est un autre homme que M. d'Almodovar. M. de Floride Blanche le regarde comme le chef des intrigues qui se trament dans l'appartement du Prince, et c'est ce qui a déterminé ce ministre à l'éloigner... Il a accepté avec peine la place qu'il va occuper. Il ne désespère pas de remplacer un jour M. de Floride Blanche, et il craint que son absence ne lui fasse tort. Si l'on n'eût pas appréhendé d'irriter la Princesse, on l'auroit éloigné d'une manière moins honorable. Le Roi Catholique est fortement prévenu contre lui. En effet, il y a un trait sur le compte de M. de Villa-Hermosa qui ne lui fait nullement honneur, s'il est prouvé, comme on me Ta assuré. Il avoit les plus grandes obligations à M. le marquis de Grimaldi et il n'en a pas moins été à la
1. Lettre à M. de Rayneval, du 25 mai 1778 (H. Doniol, Participation de la France à l'établissement des Etats-Unis d'Amérique, Paris, 1888, t. IH, p. 44).