L. A. de Cueto, Poetas del siglo xviii, t. I, p. CLXIII
3. Lettre à Vergennes du 21 avril 1784 (Aff. Etr.; Espagne, vol. 612, fol. 353).
MUNDA PREMIEIl MINISTRE 161
Le mari;ii;c' consommé, Arancla retourna à Paris ; mais il n'y fit pas grande figure. Presque uniquement occupé de la santé de sa femme dont le tempérament délicat ne s'accommodait pas de notre climat, et souvent obligé de l'accompagner aux eaux, il ne résida plus à Paris que d'une façon intermittente. Vers la fin de 1786, persuadé que sa femme ne se rétablirait complètement qu'en Espagne et, sans doute aussi, assez fatigué de son ambassade qui ne lui procurait plus les mêmes jouissances d'amourpropre qu'autrefois, il résolut de demander son rappel, qui lui fut accordé. Nous ne savons pas quel accueil lui fit sa cour ; mais, à Paris, il ne paraît pas qu'on l'ait vu partir avec regret. « M. d'Aranda nous (( quitte enfin », disent des nouvelles à la main du temps, (( après avoir tourmenté nos ministres par (( des prétentions ridicules et par une volonté tenace «. et impérieuse. * »
L'ambition qu'avait toujours nourrie Aranda de devenir premier ministre ne se réalisa qu'après la mort de Charles 111, en 1792, dans des circonstances fort jxrillciises pour l'Espagne et sous le triste K 'i;iu' (11' ((lui (|iii, prince des Asturies, avait, par s|)rit d'opposition à son père, favorisé Aranda et les Iraî^onrtis. Au reste, les moyens assez peu dignes eiii|)l()\('s par le comte pour renverser Floridablanca ne lui portèrent ])as bonheur. Simple jouet de la
l. Correspondance secrète, T^\xh\. par M. de Lescure, Paris, 1866, t. II, p. 112. Aranda ne prit olficicllement congé de Louis XVI ({(ie le 23 septembre 1787 (^Gazette de France du 28 septembre 1787).
nymphomane Marie-Louise, qui voulut ce changement de ministère seulement pour préparer les voies à son amant Godoy, le fier Aranda, sans qu'il s'en doutât, servit pendant quelques mois de paravent aux manœuvres des deux complices. Après avoir donné tête baissée dans le panneau, il ne sut même pas conserver l'amitié de Charles IV en ménageant l'orgueil de ce souverain d'autant plus infatué de son pouvoir qu'il était la plupart du temps incapable d'en user. Par ses brusqueries, ses propos blessants et son obstination, Aranda s'aliéna l'esprit du fils comme il s'était aliéné celui du père. « Avec « mon père tu t'es montré têtu et emporté, mais tu « n'avais pas été jusqu'à l'insulter en plein conseil », lui dit un jour Charles IV, après une discussion orageuse où le comte avait passé toute mesure*. Lors donc que Marie-Louise jugea le moment venu et comprit que le coup d'audace qu'elle projetait serait approuvé par le Roi, vu l'antipathie croissante qu'inspiraient à ce dernier les procédés d' Aranda, elle fit signer à son royal époux le décret du 20 novembre 1792 qui relevait le comte de ses fonctions, « à cause de son grand âge », et créait Godoy premier secrétaire d'Etat. Le major des Gardes du Corps chassait de la place le capitaine général.
Si, depuis son retour de Paris, la faveur populaire s'était fort refroidie à l'endroit du vieux ministre dont les Madrilènes avaient fait un moment leur dieu, on laisse à penser quel effet dut produire une