Godoy, Memorias, Paris, 1839, t. I, p
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illute si humiliante parmi ses ennemis et même parmi ses prosélytes. Déjà, pendant son ministère, notre diplomatie avait eu l'occasion de noter chez le comte, non seulement la diminution de l'autorité et du pouvoir, mais encore l'affaiblissement du caractère. « M. d'Aranda, dit Bourgoing, n'est plus u cet ancien président du Conseil de Castille qui « dominoit tout par la force de son caractère. Son « âge, sa position lui prescrivent une marche lente a et circonspecte, lui donnent même une sorte de « faiblesse dont il étoitbien éloigné alors. * » Après la catastrophe, ceux qu'avaient retenus jusqu'alors le respect et la crainte du pouvoir s'acharnèrent sur lui. D'abord le clergé, qui depuis longtemps épiait cette proie, poursuivit d'une haine implacable l'ami de Voltaire et l'auteur de l'expulsion des Jésuites; les prêtres contaient de l'impiété d'Aranda des choses horribles que les aveugles des rues, réciteurs de complaintes, se chargeaient de propager dans les masses. L'Inquisition, de son côté, la toute bénigne Inquisition du xviii" siècle, se réveilla du sommeil léthargique où elle était plongée — car l'occasion lui parut belle de faire rougir un tant soit peu ses tenailles, — et se mit à remuer les liasses où figuraient des papiers compromettants qui mêlaient le nom d'Aranda au procès du péruvien Olavide ; c'est ce que nous apprend Godoy, qui se vante, à tort ou à raison, d'avoir tiré son rival des griffes du Saint-
1. Bourgoing àDumouriez, 4 juin 1792 (Aff. Etr. ; Espagne, vol. 633, fol. 118 vo).
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Office.^ Relégué à l'Alhambra de Grenade, séjour que bien des prisonniers lui eussent envié , Aranda fut ensuite autorisé à se retirer en Aragon, dans ses terres. Son rôle est fini; il meurt à Epila, le 9 janvier 1798, dans sa soixante-dix-neuvième année. Ajouterons-nous qu'il mourut dans l'impénitence finale, comme le veulent certains dévots, malgré les assertions contraires de l'acte de décès ? Aux théologiens de s'entendre, s'ils le peuvent, et de tirer au clair une question qui, sans doute, paraîtra insoluble à de simples laïques. Si l'accusation est fondée, il faudrait en conclure qu' Aranda a été jusqu'au bout conséquent avec lui-même et qu'en bon Aragonais il ne voulut pas, en face de la mort, démordre de son opinion. Quoi qu'on en pense, rien ne serait moins banal.
Tel fut l'homme public et politique ; reste à faire voir quelle idée l'on peut se former de l'homme privé, des qualités comme des faiblesses de son esprit et de son caractère. Gomme il arrive pour quiconque a tenu des emplois considérables et a été sans cesse sur la sellette de la vie publique, — alternativement porté aux nues et conspué, — les jugements, souvent dictés par la passion, des contemporains d'Aranda sont difficiles à mettre d'accord. L'on s'est entendu toutefois sur quelques points. Instruction peu commune pour son temps et son pays, puissance extraordinaire de travail, ténacité inébranlable : voilà les mérites que lui attribuent sans