‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 112 sur 206 · LE BUDGET DE LA REINE · texte numérisé non relu

LE BUDGET DE LA REINE

somme pour le règne de Charles II, sans un maravédis de plus ou de moins. »

On peut, en effet, consulter toutes les éditions de Solo Madrid es carte, mais, dans toutes celles qui ont enregistré cette dépense, on trouvera, en chiffres d'abord, en toutes lettres ensuite, la somme de « cinq cent soixantequaiorze mille huit cent soixante-six ducats », sans un maravédis de plus ou de moins ^ A cette petite différence près, Hugo a raison. (Qu'importe, dira-t-on, et qui serait assez ridiculement pédant pour exiger d'un poète qu'il chiffre une telle dépense avec une précision de comptable ? Ne voyez- vous pas qu'ici Hugo a voulu se moquer du critique ergoteur, de l'érudit tatillon?

Que la dépense de la reine d'Espagne ait été majorée ou non, dans Buy Blas, de 89,200 ducats, — ce qui est pourtant un beau denier — peu importe, assurément ; car qui pensera jamais à se servir de ce drame comme d'un répertoire d'économie politique ou de science financière ? Hugo aurait pu mettre un chiffre quelconque, qu'on n'y verrait nul incon-

1. Solo Madrid es carte, S" édition, Madrid, 1675, p. 218. Ladite dépense, qui figure aussi dans la deuxième édition (1669) v[ dans la quatrième (1698). manque dans la première (1658).

224 III. l'histoire dans ruy blas.

vénient et qu'on raccepterait les yeux fermés. Mais, pédanterie à part, cet à-peu-près n'estil pas choquant ? et si ces vers avec le commentaire qui les accompagne sont une plaisanterie à l'adresse des érudits, nous avons beau faire, nous n'en sentons pas le sel. D'ailleurs, on entrevoit une autre explication, à notre avis préférable, de celte inexactitude. Hugo n'aurait pas demandé mieux que de mettre dans son vers la somme juste ; n'y ayant pas réussi du premier coup [quatorze et huit cent allongent singulièrement le vers), il se serait contenté d'une approximation, bien sur que personne n'irait y voir. Les tours de force sont permis, mais à la condition expresse de ne pas les manquer.

Si on voulait l'éplucher, la grande scène du Conseil d'Etat, au troisième acte, provoquerait bien des critiques. Nous n'en pouvons pas noter ici toutes les impropriétés d'expression, toutes les erreurs de fait : il suffira de relever les plus graves et les plus gaies.

Voici d'abord un comte de Camporeàl et un marquis de Priego qualifiés de « conseillers de cape et d'épée de la contaduria-mayor ». Mais la contaduria mayor était un des départements du Conseil des finances et l'emploi de conseiller de cape et d'épée y était tenu par

LA. CONTADURIA MAYOR. 225

de simples roturiers ou de fort chétifs gentilshommes. Jamais un comte de Gamporeal, jamais surtout un marquis de Priego, grand d'Espagne, ne se seraient fourvoyés dans ce milieu-là. Hugo aurait-il été trompé par un passage de Tabbé de Vayrac, où il est dit de la contaduria mayor qu'elle était composée de (( quatre Gontadors May ors, pris de ceux du (( nombre, et d'un Fiscal, tous gens de Cape « et d'Epée »^? Cette expression cape et épée a tourné la tète de beaucoup de nos romantiques, qui ont vu tout autre chose que ce qu'elle signifie réellement. Le conseiller de cape et d'épée, sous Tancienne monarchie espagnole, était celui qui portait l'habit du gentilhomme, l'habit de ville, au lieu de la robe du magistrat, parce qu'il n'était pas juriste de profession ; aussi n'intervenait-il pas dans les affaires judiciaires, mais simplement dans celles d'Etat ou, comme on disait, de gouvernement {îiegocios de gobiemo). Conseiller de cape et d'épée désigne donc un civil, un laïque, par opposition au fonctionnaire de la carrière, nullement un homme de qualité, encore moins un noble titré.

Qu'est-ce ensuite que la charge de « secré-

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