‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 120 sur 206 · LE THEATRE DE HUGO · texte numérisé non relu

LE THEATRE DE HUGO

ser ou à réhabiliter run des drames les plus célèbres de Victor Hugo, mais simplement à en expliquer les origines ?

Peut-être l'a-t-on remarqué déjà. Sauf quel- ([ues fanatiques endurcis et impénitents, les contemporains de Hugo, ceux qui connaissent ou prétendent connaître les dessous de l'érudition du poète et content même à ce sujet d'assez plaisantes anecdotes, hochent la tête ou sourient dès qu'on leur parle de ce théâtre et qu'on en examine devant eux la valeur historique. Parmi les jeunes gens, au contraire, beaucoup sont enclins à prendre trop au sérieux et les notes et les préfaces, croient trop aux variantes et éclaircissements de « l'édition définitive ». Tout naturellement, le respect de la lettre moulée l'emportera de plus en plus sur la tradition orale peu favorable au ])oète ; si l'on n'y prend garde, ce que Hugo a écrit passera bientôt, aux yeux de quelques-uns, pour parole d'Evangile. Ce serait aller trop loin. Non, il n'est pas exact de proclamer avec Paul de Saint-Victor que Hugo a « reconstruit, dans Ruy Blas, la sombre et fiévreuse Espagne du dix-septième siècle » et que son drame semble comme un « climat de l'histoire miraculeusement ranimé » : sans être un grand prophète Ton peut prévoir

234 III. l'histoire dans ruy blas.

que la critique de Tavenir rabattra quelque chose de ces dithyrambes. Mais de là à juger la pièce une pure mystification, chacun conviendra qu'il y a une certaine distance.

Donc il n'était pas hors de propos de montrer que Ruy Blas, entre autres drames de Victor Hugo, ne mérite, en somme, ni cet excès d'honneur ni cette indignité ; que le poète, selon son inspiration du moment et les impérieuses nécessités de la rime et de l'harmonie, a tantôt respecté, tantôt travesti l'histoire ; que ses protestations d'exactitude ne soutiennent guère l'examen, assurément, et qu'il eût été plus digne de lui d'avouer, avec la noble franchise du vieux Corneille, ses nombreuses « falsifications » ; — mais que, néanmoins, il serait injuste de condamner l'ensemble sans réserves, de traiter le tout d'invention fantastique et baroque.

Autre point à débattre. Hugo, en compilant comme il Fa fait les éléments de son drame, a-t-il trouvé le moyen « d'accroître la réalité (( de l'ensemble et de faire pénétrer jusque (( dans les coins les plus obscurs de l'œuvre (c cette vie générale et puissante au milieu de « laquelle les personnages sont plus vrais « et les catastrophes plus poignantes », ce qu'il déclare lui-même avoir été son objet

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