‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 121 sur 206 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

essentiel? En un mot, que doit-on penser de la vérité morale de Ruy Blas?

Nous éviterons prudemment de répondre à cette question et d'apprécier ici ce drame en tant qu'œuvre dramatique ; nous nous en rapportons pour cela de bonne grâce aux esprits délicats et aux fins lettrés que n'alourdit pas la manie du document et de la recherche patiente. A eux de prononcer ; et si ces quelques notes contribuent seulement à donner un peu plus de solidité à leur jugement et les éclairent sur certains côtés du sujet qu'ils n'ont pas le loisir d'étudier, nous nous tiendrons pour fort satisfait et bien payé de notre modeste labeur.

Mesdames et Messieurs,

Pour répondre de mon mieux à l'invitation qui m'a été adressée par votre Société, je devais, bien entendu, vous parler de choses qui me sont quelque peu familières, mais en même temps, si possible, de choses qui fussent de nature à vous intéresser par la raison qu'elles vous touchent de très près. Or, les études que j'ai eu l'occasion d'entreprendre sur l'Espagne, son histoire et sa littérature me fournissaient précisément un sujet répondant à ces deux conditions ; je pouvais, sans sortir du domaine espagnol, vous parler de vousmêmes et de votre pays.

Qu'ont dit, qu'ont pensé les Espagnols des

1. Conférence faite aux « Matinées littéraires » de Bruxelles, le 8 mars 1892.

déployer son talent en Espagne et de le mettre au Service d'un Charles-Quint ou d'un Philippe II.

Voilà qui atténue, en une certaine mesure, le mal qu'ont pu vous causer et un régime politique contraire à vos traditions et les excès d'une soldatesque brutale, et il ne faudrait pas que 1' « odiosité des Espagnols », comme vous disiez au xv[^ siècle, vous rendît injustes au point de vous empêcher de reconnaître ces avantages appréciables de votre longue union avec l'Espagne.

D'autre part, si l'Espagne a développé vos forces et augmenté votre gloire, vous, à votre tour, vous Favez largement payée de ce qu'elle vous donnait en lui apportant un concours actif et loyal dans ses grandes entreprises, en l'initiant à des sciences et des arts inconnus ou peu cultivés chez elle, en grossissant ses richesses intellectuelles ou matérielles. Vos bandes d'ordonnance et vos régiments wallons ont combattu à côté des fameux terces espagnols pour l'Eglise et la royauté. Avec les plus nobles Castillans, les vieilles gardes de Castilleet les monteros d'Espinosa, vos archers ont partagé l'honneur de veiller sur la personne sacrée du roi catholique, et, même après l'avènement des Bourbons sur le trône de vos anciens souverains, après l'annexion des Pays-Bas à l'Au-

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