‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 123 sur 206 · LE CASTILLAN EN FLANDRE · texte numérisé non relu

LE CASTILLAN EN FLANDRE

les conseils des grandes villes de Flandre; à un degré plus bas, d'excellents secrétaires, des commis ponctuels et qui avaient l'avantage d'être tous polyglottes.

Parlerai-je encore de tant de doctes Belges, la plupart prêtres ou religieux (surtout des Jésuites), qui ont enseigné dans les universités de l'Espagne ou prêché dans ses temples ? A la vérité, je n'en finirais pas si je voulais énumérer toutes les catégories d'hommes que les rois catholiques demandaient sans cesse à leurs « pays d'en bas » et gratifiaient d'emplois toujours honorables.

Une autre cause du rapprochement qui s'établit entre Espagnols et habitants des Pays-Bas fut la diffusion rapide de la langue castillane en Belgique et, à un moindre degré, de la langue française — ou bourguignonne , comme vous aimiez à appeler le français — en Espagne. On ne se lie qu'à la condition de s'entendre. Il faut que les membres d'un môme corps politique, s'ils veulent créer entre eux des liens solides et durables, une véritable unité nationale, se décident à adopter une seule langue, celle de la majorité, ou bien à en apprendre et à en pratiquer au moins deux à la fois, ce qui est précisément votre cas aujourd'hui.

La substitution pure et simple du castillan

au français et au flamand dans les Pays-Bas était chose impossible, et jamais Charles-Quint ni aucun de ses successeurs i^e songèrent un instant à imposer à leurs sujets des « pays de par deçà »* l'obligation de parler et d'écrire exclusivement l'espagnol. Cette idée pouvait d'autant moins germer dans l'esprit du grand empereur que lui-même eut quelque peine à se familiariser avec l'idiome castillan et à le parler couramment. Deux ans après sa proclamation comme roi d'Espagne, en 1518, il ne se sentait pas encore capable de converser avec ses sujets espagnols, ce qui ne laissait pas de froisser l'orgueil des députés aux cortès de Castille qui lui firent à ce sujet d'assez vives représentations ^

Après l'avènement de Charles-Quint à l'Empire, le besoin de faciliter les rapports de plus en plus fréquents entre Madrid et Bruxelles devait donner un véritable élan à l'étude de

1. Pays de par deçà, en flamand Landen van herreivaerts over, comme on désignait les provinces belgiques, par opposition aux deux Bourgognes (P. Fredericq, Essai sur le rôle politique et social des ducs de Bourgogne, Gd^nà, 1875, p. 73).

2. « Otrosi suplican â V. A. que nos haga merced de hahlar casiellano, porque, haciendolo asy, muy mas presto lo sabra y \ . A. podrâ mejor entender â sus vasallos y ellos à él » (Cortes de Léon y de Castilla, Madrid, 1882, t. IV, p.. 264).

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