MORT DE PHILIPPE LE BEAU
pays d'en bas eurent été « dépendus »*, qu'il fallut vivre désormais sur les revenus du pays, les Flamands de l'entourage du prince s'aperçurent qu'un vent de haine s'élevait contre eux et que la situation de leur maître jusqu'alors respecté allait être sérieusement compromise. Philippe lui-même fut très affecté de ce revirement d'opinion ; la tristesse qu'il en ressentit, jointe à l'exaspération que lui causait l'extrême jalousie de sa femme, hâtèrent sa fin : il mourut à Burgos, le 25 septembre 1506.
Après sa mort, ce fut bien pis. Les Flamands demeurés en Espagne se virent en butte aune hostilité de plus en plus ouverte; ils eurent à craindre pour leurs biens et leurs personnes. Aussi ne virent-ils qu'un parti à prendre : échapper au plus vite aux conséquences de cette mort fatale, regagner leur pays et y attendre les événements. Ils empilèrent dans des navires frétés à la hâte, à Bilbao et à Laredo, les joyaux et les splendides tapisseries de la maison de Bourgogne que Philippe avait eu l'imprudence d'apporter en Espagne ; ils se partagèrent la vaisselle d'or et d'argent, les fourrures, le linge, enfin tout ce qu'ils
1. Gacliard, Collection des voyages des somevaîns des Pays- lias, t. I, p. 'i50.
trouvèrent dans l'hôtel de leur prince défunt, pour se payer de leurs gages échus. Le roi est mort, sauvons la caisse : tel fut le mot d'ordre d'alors. Avouons qu'ils étaient dans leur droit.
Deux ans avant le premier départ de Philippe le Beau pour l'Espagne, naissait à Gand celui qui devait accomplir l'union politique des pays de par deçà et de par delà, et créer une nouvelle monarchie à laquelle la couronne impériale donna pendant trente années la première place dans le monde et un éclat incomparable.
Le faible enfant, qui devint Charles-Quint, vivrait-il, régnerait-il un jour sur tous les états que lui léguait son père, triompherait-il des compétitions qui s'élevaient autour de son berceau, des difficultés que lui suscitaient aussi bien ses sujets d'Espagne que la politique hostile de la France? Voilà ce qu'on put se demander en Europe pendant les quinze premières années du xvi" siècle. Le sort décida en faveur de Charles, dont le corps fortifié et instruit par de fréquents exercices, dont l'esprit formé par de sages précepteurs, annonçaient déjà en 1516, sinon le grand guerrier et le grand monarque qu'il fut par la suite, au moins un prince capable de supporter le faix d'un si lourd gouvernement.