FEMMES FLAMANDES
manqué d'avoir lieu. Puis, la condition sociale de la femme aux Pays-Bas, si difFérente de sa condition en Espagne, se révélait de suite à l'Espagnol le moins observateur, l'intriguait en le déconcertant un peu. Habitués à ne considérer la femme qu'au point de vue de la galanterie ou de la maternité, à restreindre autant que possible son rôle dans la famille et à ne lui permettre aucune intervention dans les affaires de la communauté; habitués à la tenir confinée au logis, ignorante et désœuvrée, comme une esclave de prix, qui n'a d'autre raison d'être au monde que de plaire au maître et de perpétuer son nom, comment ces méridionaux apprécieraient-ils l'éducation donnée à vos femmes et la place qu'en vertu de cette éducation elles prenaient naturellement dans la société ? Bien des questions touchant le physique comme le moral de la femme flamande se posaient pour eux. Comment y répondentils ?
Pour ce qui est du physique, l'Espagnol ne trouve qu'à louer, et il a raison. La blancheur et la fraîcheur du teint, la couleur claire des yeux et des cheveux, qui sont votre apanage. Mesdames, exercent sur lui une séduction puissante. Non pas tant par le contraste que ce genre de beauté formait avec celui de son
pays, — quoiqu'il soit vrai que la nouveauté attire et qu'on préfère souvent ce qu'on n'a pas, — mais plutôt peut-être parce qu'il répondait mieux à un type idéal commun à toutes nosnations occidentales. Sans vouloir le moins du monde déprécier les brunes, qui ont droit à toutes les admirations, il est cependant incontestable que l'esthétique des peuples modernes, à la suite d'ailleurs des anciens, a donné la préférence au teint blanc et rosé, aux yeux clairs d'une nuance indécise mais brillante, — ce que nos pères rendaient par le mot vaii' [varius) — enfin aux cheveux blonds :
Elle a la chair plus blanche que laine ni coton Et aussi colorée que rose de buisson, El les yeux a plus beaux que n'eut onques faucon. Et les cheveux plus jaunes que plume de paon.
Ces vers naïfs d'un vieux poème vous résument la doctrine du moyen âge français qui est aussi celle de l'Espagne, sauf que chez les poètes de ce dernier pays les cheveux et les yeux sont assez souvent aussi dépeints noirs, sans doute par égard pour les dames auxquelles ces poètes adressaient leurs hommages*.
Donc nos Espagnols, en vous admirant
1. Voy. R. Renier, // tipo estetico délia donna net medioevo, Ancona, p. 59, 1885.