ÉDUCATION DE LA FEMME
beaucoup, en se délectant à la vue de ces caj^as flamencas, qui sont pour eux le symbole de la blancheur et de la fraîcheur, n'ont pas cédé seulement au charme de la nouveauté ; ils se conformaient instinctivement à une tradition fort ancienne.
« D'allures libres », dit Vazquez, « elles « sont très blanches, blondes, belles et ave- (( nantes.» Voilà des compliments. Voyons aussi les réserves. La liberté avec laquelle agissent et se conduisent les femmes flamandes, — conséquence nécessaire d'une éducation supérieure et de la confiance que leur témoignent leurs pères ou leurs maris, — effraye un peu les Espagnols, surtout quand cette liberté touche aux choses de la religion. «. Elles disputent « des choses de la foi comme des théologiens, (( et, comme aucune inquisition ne les arrête, (( elles se laissent aller au savoureux plaisir (( de la lecture et facilement tombent en de « graves erreurs à cause du grand nombre (( d'écrits hérétiques et dépravés qui circulent (( dans ces provinces. » Mais comme elles rachètent ces imprudences par tant de vertus solides et aimables ! L'Espagnol est émerveillé de cette forte instruction qui permet aux femmes de la bourgeoisie de lire, d'écrire, de compter par chiffres, de tout diriger dans leur
intérieur, jusqu'aux affaires du mari. « Elles « sont en leurs actions comme des hommes, w Les femmes du peuple n'ont pas moins de mérites. Qu'il fait bon les voir raser les clienlsjou leur couper les cheveux avec tant de propreté et d'adresse, ou, sur les bateaux qui vont de Hollande en Flandre, tenir la barre du gouvernail tout en filant au rouet ou en se livrant à quelque ouvrage de couture, ou bien encore, le soir, quand elles ont fini leur tâche domestique et couché leurs enfants, se rendre à la taverne, une lanterne à la main, chercher leurs maris, qu'elles ramènent gentiment, par la main ou même dans leurs bras, quand les libations ont été trop copieuses!
Cette bonhomie, cette franchise dans les rapports qui fait le fond de votre nature gagne les Espagnols. La gente de Fldndes es llana ; les gens de Flandre sont simples. Chez les femmes naturellement, ils remarquent encore plus cette ouverture et cette simplicité de manières; de prime abord, ils en sont un peu choqués. Volontiers soupçonneux et jaloux, amis du mystère et de l'intrigue secrète dans leurs relations avec les femmes, ils ne se font pas sans quelque peine à cette expansion facile de la Flamande.
S'il faut ajouter foi à leurs propos, on s'em-