‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 187 sur 206 · ÉTUDIANTS FAMÉLIQUES · texte numérisé non relu

ÉTUDIANTS FAMÉLIQUES

déshonore la science par sa misère, sa crasse, ses haillons, ses expédients, ses escroqueries, il restait peu de chose à dire après les pièces du théâtre populaire : l'étudiant galeux, querelleur et fripon est un des emplois de Veniremes ou du sainete, comme l'alcade villageois, le médecin, le greffier, le biscayen ou l'aveugle. Cervantes ne fait que l'effleurer dans le parallèle entre les armes et les lettres qu'il place dans la bouche de Don Quichotte \ Là il parle des souffrances de ces pauvres hères, de cet aller à la soupe qui les assimilait aux mendiants des carrefours, aux loqueteux de la dernière catégorie, mais il ne les entreprend pas sur leur dépravation et leurs vices : c'est qu'il se trouve en présence de malheureux et que le malheur, quel qu'il soit, impose silence à sa critique. De tous les représentants de la carrière universitaire, l'étudiant pauvre, qui, pour vivre, quand il vivait honnètenifent, devait s'accrocher aux basques de l'étudiant noble, du cadet de famille et lui servir de valet, ce famulus à la soutane râpée, hâve et défait, est le seul pour lequel Cervantes conçoive quelque sympathie. De bon cœur, l'écrivain lego pardonne au sopista la faim et la gale, ses insépa-

356 V. l'espagne du « don Quichotte ».

râbles compagnes ^ ; il le préfère encore au docteur bien rente et infatué de son grade ou au présomptueux et pédant scientifique.

L'université pourvoit à bien des carrières ; elle forme surtout des médecins et des juristes. Cervantes n'a mis qu'une seule fois les médecins sur la sellette, mais cette fois-là suffit. Sa raillerie vaut celle de Molière, elle produit même un plus grand effet, parce qu'elle est plus concentrée. Le docteur Pedro Recio de Agûero, natif de Tirteafuera, — ce qui signifie « Mets-toi dehors » — lieu situé à main droite entre Garacuel et Almodobar del Gampo, est médecin ordinaire de Son Excellence Don Sancho Panza, gouverneur de l'île Barataria. Son emploi consiste à assister aux repas du maître et à lui prescrire le régime approprié à sa complexion. Et il se prend au sérieux. Tout ce qu'on apporte sur la table est impitoyablement renvoyé : les fruits, parce que la substance aqueuse est indigeste ; tel mets très cuit et fortement épicé, parce que les épices provoquent la soif et que celui qui trop boit tue et consume le radical humide d'où procède

1. « Si la sarna y la hambre no fuesen tan unas con los estudiantcs, en las vidas no habria otra de mas gusto. » (Coloquio de los perros.)

Page 1