AGENCES DE TRADUCTION
Ces traductions pullulent. Il y a à Paris une véritable agence de traducteurs du castillan. Tout ce qui paraît de nouveau à Madrid, les romans surtout, est immédiatement expédié en France. Au déballé, un Oudin ou un d'Audiguier s'en empare et a vite fait de donner une forme française aux fruits de l'imagination espagnole ; car si le public n'en sait guère assez long pour lire facilement l'œuvre originale, il tient cependant à la connaître dans toute sa fraîcheur. Cervantes surtout a la vogue. Quand, sur la fin de sa vie, en 1617, il publie son dernier grand roman, les Aventures de Persiies et de Sigismunde, le livre n'a pas plus tôt paru à Madrid, qu'il est répété à Paris dans la langue originale, puis traduit, l'année d'après, en français. Un des plus jolis romans espagnols du xv!!*" siècle et des mieux écrits, la Vie de l'écuyer Mdrcos de Obregon, imprimé en 1618, est « apporté de Madril au (c sortir de la presse » à d'Audiguier, qui en dépêche la version en quelques mois.
Romans et nouvelles, voilà ce que l'on demande avant tout; et encore dans ce genre, accorde-t-on une préférence marquée aux nou-
octava rima, intitulados la Gaticida, compuesta por Cintio Meretisso, Espafiol. Paris, 1604.
42 I. l'espagne en frange.
velles picaresques, parce qu'elles sont très près de la réalité, représentent « les actions (( communes » et le genre de vie particulier des Espagnols. S'ils louent rarement le style, la composition et les digressions morales de ces livres, nos auteurs et nos traducteurs reconnaissent au moins de bonne grâce la supériorité des Espagnols dans la peinture des mœurs contemporaines. « Ils sont les premiers, dit « Sorel, qui ont fait des romans vraisem- (( blables et divertissants* ». En les lisant l'on s'amuse et l'on demeure dans un monde réel, ce qui convient à qui veut s'instruire agréablement du caractère et des coutumes d'une nation étrangère.
Si d'autres livres d'Espagne trouvent accès chez nous, ce ne sont guère que des pastorales, mêlées de vers et de prose, qui plaisent parce que le genre venu d'Italie s'est acclimaté depuis longtemps en France. On est curieux de comparer au Sannazare et la Diane de Montemayor et VArcadie de Lope de Yega. Mais du théâtre, de ce drame dont un peu plus tard nous allons tant tirer parti, rien ne passe, c'est-à-dire rien n'est traduit.
Et pourquoi? C'est d'abord que les Espa-