LE STYLE DE MENDOZA
rements de fortune avaient initié aux misères des petites gens, qui avait frayé avec les deshérités, connaissait par le menu les difformités et les plaies des couches inférieures de la société laïque et ecclésiastique. Un Mendoza se tenait à une plus grande distance de ce monde de loqueteux, de curés rapaces et de marchands d'indulgences.
Prétendra-t-on que Lazarille aurait été écrit par Mendoza, à Saiamanque, alors que, très jeune, il y étudiait le droit et pouvait trouver drôle de porlraire ainsi des types qu'il avait dû rencontrer sur sa route et aux alentours des collèges? Mais jamais ce roman n'a pu être écrit par un jeune homme. Ses traits satiriques ont, par moment, trop d'amertume, trahissent une trop longue expérience des tristesses et des douleurs de l'existence pour qu'il soit permis de les attribuer à un étudiant, à un cadet de famille noble, qui certainement devait se faire de la vie une idée toute différente.
Parlera-t-on du style ? Mais qu'ont de commun, on le demande, le parler nu et roide, la phrase courte et condensée, bourrée d'allitérations et d'antithèses de Lazarille avec les œuvres légères et sérieuses du magnat castillan, ses capitulas à la Berni, très lâchés, souvent assez fades, ou bien ses sonnets, ses élégies,
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ses épîtres, d'un style plus remonté, ou bien les périodes savantes de sa Guerre de Grenade? On dira peut-être que Mendoza n'est pas tout entier dans ses œuvres posthumes, si apprêtées, et que, pour mieux connaître la manière personnelle du diplomate érudit, il faut aller le surprendre dans sa correspondance, surtout dans les dépêches adressées à Gliarles- Quint pendant son ambassade de Rome, où l'impérieux et brusque Castillan s'abandonne et parle sa vraie langue. Ces lettres, en effet, sont d'une franchise, parfois d'une verdeur, qui scandaliseraient fort les personnes bien pensantes de nos jours, mais dont ne se formalisaient nullement même les bons catholiques du xvi^ siècle. La personne du pape n'était point alors entourée de ce respect religieux qui la protège aujourd'hui.
Par exemple, Mendoza écrira , sans la moindre retenue, à propos d'un sauf-conduit qu'avait promis Paul III: « A Sa Sainteté et à sa parole « fier un gentilhomme? Mais je ne lui fierais « pas un chat ! w Ou, un autre jour, à l'occasion d'un discours pathétique que lui avait tenu ce Farnèse : « Le pape a pleuré et fait « toutes les momeries et singeries qu'il sait « faire. » Incidemment et comme chose qui va de soi, il traitera Paul III de fourbe, de