MENDOZA ET PAUL III
lâche et de coquin [vellaco). ou parlera de sa maladie secrète en termes d'une précision telle que le pontife, informé de ces révélations, en demeurera tout confus:
« V. Mag'^ sea servido de resolverse o dilatar los négocies con Su Santidad conforme a lo que mejor le estuviere, porque yo se, y creo que no me engano, que el papa tiene una llaga en la pierna y otra en el miembro, y por ella hecha gran quantidad de materia. El çirujano le va a curar a ires horas de la noche secretamente y dize que no puede vivir y que se le pareçe en el color y flaqueza... La dolencia sécréta del papa es verdad y en el miembro... »
Et quelque temps après :
« El papa ha sido avisado que se escrivio de su mal en el miembro y lo ha sentido mucho. »
On connaît déjà l'arrogante réponse que Mendoza fit à Paul III, qui s'était plaint d'une protestation de l'ambassadeur et l'avait prié de respec'ter la maison où il se trouvait : « Je « répondis, écrit-il à Charles-Quint, que j'é- (( tais gentilhomme, et que mon père l'avait été; (( que, comme tel, je ferais au pied de la « lettre et en la meilleure forme possible ce « que mon maître m'ordonnait, et que, si je « passais la mesure en quoi ce fut, ce serait « parce que je croirais devoir le faire pour son (c service et l'autorité de sa personne : cela
« sans la moindre crainte et sans égard pour « Sa Sainteté, à qui je garderai seulement la « déférence due à un vicaire du Christ. Que « d'ailleurs, en ma qualité de serviteur et de « ministre de Votre Majesté, je me considérais « comme étant chez moi partout où je posais (( le pied ». Ainsi parlait à un pape l'ambassadeur du Roi Catholique en l'an 1548*.
De ce qui précède, on tirera les conséquences qu'on voudra sur le tempérament et les allures, la façon de parler et d'écrire de Mendoza, mais tout cela ne nous rapproche guère de Lazarille. Que Mendoza ait eu le verbe haut, qu'il n'ait pas craint de nommer les choses par leur nom, qu'à diverses reprises, et surtout dans ses loisirs d'exilé à Grenade, il se soit plu à rimer des pièces assez licen-
1. Ces extraits de lettres de Mendoza sont empruntés aux Maximes politiques du pape Paul III touchant ses démêlez avec l'empereur Charles-Quint au sujet du concile de Trente, tirées des lettres anecdotes de Dom Hurtado de Mendoza, son ambassadeur à Rome, et publiées en espagnol et en francois par M. Aymon, La Haye, 1716, in-12. Aymon prétend que les originaux de ces lettres ont été trouvés à l'Escurial, ce qui est possible; mais lui a simplement emprunté les passages cités dans son livre à un manuscrit de la Bibliothèque nationale (fonds franc. 3107) dont il avait dérobé vingt-sept feuillets qui manquent aujourd'hui à ce volume. Ces feuillets contenaient 1' « Extraict dé lettres escrites par l'empereur « Charles V a Dom Diego de Mendoça, son ambassadeur a