LA LÉGENDE DE MENDOZA
cieuses, qu'est-ce que cela prouve et comment en pourrions-nous conclure que cet homme a dû, étant jeune, composer Lazarille; qui, vraiment, ne ressemble à rien de ce qu'a jamais écrit Mendoza? Car si, entre autres, ses dépêches contiennent quelques morceaux vivement enlevés, il s'en faut de beaucoup qu'on y retrouve, en général, la manière sobre et si savoureusement concise de la nouvelle ; Tensemble de cette correspondance diplomatique est même fort entortillée et obscure.
La vérité, la voici. On a rapporté Lazarille à Mendoza, parce que de bonne heure s'était formée autour de son nom comme une légende, parce que sa morgue, son esprit vif et indiscipliné, ses boutades et ses saillies lui avaient valu, en littérature, une réputation d'enfant
a Rome, et des responses du dict ambassadeur, durant le pon- « tificat de Paul III. 1547, 1548 ». Une copie de cet « Extraict » se trouve dans la collection Du Puy, vol. 15, fol. 35 à 42, et nous révèle la source des informations d'Aymon, coupable, on le sait, d'autres vols plus importants à la bibliothèque du Roi (L. Delisle, Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale, Paris, 1868, t. I. p. 329). Quant à l'authenticité des extraits du livre d'Aymon, elle est incontestable et peut être établie à l'aide des lettres publiées par Dôllinger (voy. ci-dessus, p. 152, note 1) et des analyses de la correspondanse de Mendoza, faites par Tiran à Simâncas (Archives du ministère des affaires étrangères, Espagne, vol. 306).
terrible. Or, quand ces réputations-là sont bien établies, rien ne les déracine. Gomme Quevedo, — qu'aujourd'hui encore on charge volontiers de toutes les obras verdes qui se vendent sous le manteau, en Espagne, — Don Diego a endossé la responsabilité d'œuvres où il n'a jamais mis la main : non seulement Lazarille, mais d'autres écrits de moindre importance, lettres satiriques ou pamphlets littéraires*. Son nom, toujours en faveur, assurait aux libelles anonymesune vogue surprenante. Inutile de rechercher plus loin. La tradition qui impose Lazarille à Mendoza n'a pas d'autre fondement que ce besoin de mettre un nom connu, populaire sur un livre que son véritable auteur a, pour un motif quelconque, évité de signer. On chercha, au commencement du XVII® siècle ou un peu avant, le nom qui se prêtait le mieux à couvrir une marchandise sans propriétaire, et, Mendoza s'étant offert, ce fut lui qu'on prit.
Si, d'ailleurs, Nicolas Antonio ne l'avait pas faite sienne, en la consignant dans son livre, il est probable que cette fable serait depuis
1. Notamment la fameuse lettre sur les quémandeurs de places {Carta de Los catarriberas), qui est d Eugenio de Salazar; voyez Uomania, t. III, p. 301.