‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 78 sur 206 · Grcgovii Maiansii ...epistolaruin lihri sex, ex nutsœo · texte numérisé non relu

Grcgovii Maiansii ...epistolaruin lihri sex, ex nutsœo

On aime à se sentir en compagnie d'un érudit tel que Mayans, à partager son opinion, à penser à peu près comme lui sur un point controversé de cette littérature espagnole qu'il connaissait si bien.

Un autre contradicteur, bien moins autorisé il est vrai, s'élève encore contre l'opinion reçue ; c'est l'auteur anonyme de la traduction de Lazarille insérée dans la Bibliothèque uni- \)érselle des romans, A son avis, la nouvelle espagnole ne saurait être de Mendoza, qui « était un homme de cour, d'un esprit orné « et délicat. . . il est incroyable qu'il ait pu (( le ravaler ainsi et égarer sa plume dans tant « de fautes contre le goût et la politesse « exquise* ». L'argument semble un peu faible, mais on n'est pas fâché qu'un Français du xviii^ siècle, n'ayant pour lui que son tact et son bon sens, se soit au moins rendu compte de l'invraisemblance d'une prétention si mal fondée.

Pour finir, et pour mémoire seulement, il faut encore noter un propos tenu sur notre nouvelle par un Anglais du siècle dernier, le

Gottloh Augusti lenichen, Leipzig, 1737, p. 310. La lettre, datée du 27 mars 1731, est adressée à Miguel Egual. 2. Bibliothèque universelle des romans, août 1781.

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D** Lockier, doyen de Peterboroue:h. « Laza- « rille de Tôrnies », conta un jour ce doyen au Rév. Joseph Spence, « fut écrit par quelques (( évêques espagnols pendant leur voyage au « concile de Trente. Ce livre est de la meilleure « langue. Lorsque, jadis, il m'arriva de dire à (( un Espagnol qu'il nie paraissait surprenant « que ces prélats eussent été si parfaitement « au courant des pratiques des gueux et de la « vie des bas-fonds, il me répondit que rien « n'était plus naturel, la plupart de ces évê- « ques ayant appartenu aux ordres men- (c diants ^ )). Le Lazarille, du à la collaboration d'un groupe d'évéques, qui auraient ainsi charmé les ennuis d'un long voyage, cela ne serait pas peu divertissant ! Après tout, qui sait ?

Et maintenant voici le champ ouvert à de nouvelles conjectures et à de nouvelles recherches. Il nous a suffi, pour cette fois, de montrer qu'il était vraiment libre et qu'aucune des opinions émises sur l'auteur de Lazarille n'était de nature à gêner beaucoup celui qui

1. Anecdotes, Observations and Characters of Books and Men, collecled from the Conversation of M^ Pope andotker eminent persons of his time, by the Rev. Joseph Spence. Londres, 1810. Les conversations de Lockier sont rapportées dans ce recueil de la page 59 à la page 79.

entreprendrait un jour de déchiffrer cette énigme.

Mais où chercher et comment s'y prendre pour déterrer le mystérieux inconnu ? Le hasard, avons-nous dit, est un grand maître : à la condition, toutefois, qu'on lui vienne en aide, qu'on sache le servir. Pour que les investigations que nous désirons voir entreprendre un jour aboutissent, encore faut-il qu'elles soient judicieusement conduites.

A notre avis, deux points surtout sont à considérer : d'une part, l'agencement du livre, la façon dont il a été conçu et composé ; de l'autre, son esprit âpre et frondeur à l'égard, non pas des dogmes, mais des pratiques de l'Eglise et du clergé.

Malgré sa forme, qui trompe à première vue, Lazarille est bien moins un roman biographique et d'aventures qu'un roman de mœurs, un roman satirique. L'auteur, esprit très caustique et très observateur, n'a eu en vue que la satire sociale, ne s'est véritablement préoccupé que de cela : le reste, c'està-dire l'histoire qui relie les uns aux autres les épisodes de cette satire, ne compte guère, ni pour lui ni pour nous. En commençant à écrire, il s'est à peine demandé jusqu'où il conduirait le récit, quelles étapes il ferait

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