‹ Études sur l'Espagne (volume 3)Chapitre 96 sur 206 · LA REINE AU PALAIS · texte numérisé non relu

LA REINE AU PALAIS

Neubourg de Thistoire, a été substituée la Marie- Louise d'Orléans des Mémoires de i/™"" d'Aubioy. Nous avons à montrer maintenant comment de ces mémoires sont sortis les épisodes les plus marquants du rôle de la reine, notamment les deux premières scènes du deuxième acte. Souvent Hugo n'a eu qu'à condenser et à transcrire en beaux vers la prose trop abondante et un peu négligée de la comtesse. Qu'on en juge par ces passages :

« La jeune reine, en changeant de demeure, » — c'està-dire en venant habiter le palais — a n'avoit point changé cette vie solitaire et désagréable qu'elle menoit au Buen-Retiro, sous la garde de la duchesse de Terra-Nova. Elle la gouvernoit comme un enfant et elle continua de la traiter encore plus mal... J'eus l'honneur de luy aller baiser les mains (à la reine)... Après avoir traversé des appartements, dont il est vray que l'on peut parler comme d'une fort belle chose, je la trouvay dans un cabinet peint et doré, remply de grandes glaces de miroirs attachées dans le lambry ; elle étoit sur un carreau proche de la, fenêirej qui faisait un ouvrage de lassis d'or mêlé de soie bleue. »

Et plus loin :

(( Le lendemain, de très-bonne heure, le Roy fut à la chasse seul, sans rien dire à la Reine. Gela Tinquiéta tout le jour, et elle en passa la plus grande partie appuyée contre les fenêtres de sa chambre, malgré la duchesse de Terra-Nova, qui l'en empêchoit

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d'ordinaire, luy disant : Qu'il ne falloit pas qu'une reine d'Espagne regardât par les fenêtres. »

Puis, l'histoire des perroquets, l'une des plus divertissantes qu'ait contées M'"' d'Aulnoy:

a La Reine avoit deux perroquets, les plus jolis du monde; elle les avoit apportez de France, et elle les aimoit beaucoup. La vieille duchesse de Terra-Nova crût faire une bonne œuvre de les tuer, parce qu'ils ne sçavoient parler que François... Ce fut une grande affliction parmy les Françoises qui servoientla Reine; dès qu'elle fut rentrée dans son appartement, elle commanda qu'on lui apportât ses perroquets et ses chiens... Toutes les femmes de la Reine, au lieu d'aller quérir ce qu'elle demandoit, s'entre-regardoient et restoient immobiles, sans luy oser rien dire ; mais enfin, après un assez long silence, une d'entre elles lui rendit compte de l'exécution que la camarera en avoit faite. Elle en eut beaucoup de chagrin, quoy qu'elle ne le témoignât point ; mais lorsque la duchesse entra dans sa chambre, et que, selon sa coutume, elle vint pour luy baiser la main, la Reine, sans luy dire une seule paroUe, lui donna deux soufflets à tour de bras^. »

On peut penser si la duchesse, une Aragon, fut suffoquée. Elle convoqua toute sa parenté, s'accompagna de plus de quatre cents dames

1. Mémoires de M'^^ d'Aulnoy, éd. de 1690, t. I, p. 318; t. 11, p. 43 et 54; éd. de M™^ B. Carey, p. 162, 212 et 217.

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