‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 111 sur 197 · ECRITS CASTILLANS DE BELGES · texte numérisé non relu

ECRITS CASTILLANS DE BELGES

Tespagnol dans les divers centres intellectuels des Pays-Bas. Dès 1520 environ, des grammaires et des vocabulaires destinés aux Wallons et aux Flamands se publient à Anvers et à Louvain ' ; le nombre des Belges qui possèdent ridiome castillan et réussissent même à l'écrire suffisamment, sinon très correctement, s'accroît avec rapidité. A la fin du xvi° siècle, plus encore au siècle suivant, quelques-uns des vôtres, surtout des religieux qui ont résidé un certain temps enEspagne* n'hésitent pas à traduire leurs pensées en un castillan assez pur dont ne font pas fi les lettrés de Madrid.

Pourtant ce ne fut pas sans peine ni sans protestations que l'espagnol s'introduisit aux Pays-Bas dans la correspondance administrative et politique. Sous le gouvernement du duc d'Albe, notamment, on se plaignit de ce gouverneur lui-même qui ignorait le français, en sorte, dit un de vos historiens, que « bonne « partie de ceulx qui estoient contraincts traiter « et négocier avec luy s'en retournoient peu « contents et ne scavoient ny entendoient la

1. Un vocabulaire pour apprendre le français, 1 espagnol et le flamand fut imprimé à Anvers en 1520 (Gallardo, Ensayo de una hibl. espanola, II, 516).

« langue espagnolle ». On se plaignait ensuite de ses secrétaires dont les « dépêches ne se « faisoient plus en langue françoise, comme « du passé », d'où naissaient une multitude d'inconvénients et de difficultés. Les membres des conseils établis aux Pays-Bas, ignorant ce que les agents du duc écrivaient en Espagne, n'étaient plus au courant des affaires. « La « diversité des langues causoit des mesen- (( tenduz, non seulement ez négoces des minis- (( très, mais ez audiences des députez des « villes, estatz et communautez, ou des sollici- « teurs qui survenoient en court, à cause « qu'en ces temps peu parloient espagnol ». Et le même historien ajoute : « Depuis, cette « langue est devenue plus familière \ »

En effet, après les campagnes de la fin du xv!*" siècle si rondement menées par Alexandre Farnèse, après la pacification de vos provinces et pendant toute la durée du xvii° siècle, sous le gouvernement des archiducs ou des gouverneurs envoyés par la cour de Madrid, on ne surprend plus de ces protestations. L'espagnol aux Pays-Bas devient une langue quasi oiricielle que tout Belge qui entend faire une carrière

1. Ilenon de France, Histoire des troubles des Pays-Bas, Bruxelles, 1886, t. I, p. 307, 488, 489.

Page 1