ADMINISTRATION DE CHIÈVRES
Espagnols, les irritait plus que tout, c'était, il faut le dire, non d'être pressurés ou exploités, — ils en avaient l'habitude depuis des siècles et ne l'ont pas perdue depuis, — mais de Télre par des étrangers; et l'on peut bien penser que beaucoup qui élevèrent alors la voix le firent parce qu'ils ne furent pas admis à la curée et ne reçurent pas leur part du butin.
Pour en revenir à Chièvres, il est juste de lui tenir compte du talent politique et de la ténacité qu'il déploya pour faire valoir les droits de son élève, le faire reconnaître j comme souverain espagnol par des sujets peu dociles et hésitants. Une main de fer était indispensable pour dompter ces grands vassaux que plusieurs années de gouvernement faible avaient rendus très turbulents et dont les velléités d'indépendance s'étaient singulièrement développées depuis la mort des Rois Catholiques.
Les Flamands, Chièvres en tête, avaient une charge difficile, un devoir périlleux : faire de leur prince un véritable roi. Ils auraient pu prendre le parti de la douceur qui ne leur j -raurait pas réussi, l'Espagnol traduisant volon- i tiers doux par faible. Ils prirent celui de l'énergie, qui eut des inconvénients tout
d'abord, mais porta ses fruits par la suite. Pendant quelques années Charles vécut comme isolé dans son nouveau royaume. Les Espagnols ne Taimèrent ni ne le comprirent. La conduite dure et cupide de ses conseillers comme aussi son départ pour TAUemagne, où l'attendait la couronne impériale, provoquèrent même une crise terrible, la révolte des communes de Gastille. Mais cette crise apaisée, et quand ils revirent leur roi-empereur mûri par quelques années de gouvernement, les Espagnols sentirent qu'ils avaient enfin un maître et un souverain comme ils les aiment. Désormais l'accord est conclu et Charles de Gand devient véritablement Charles d'Espagne.
Et bientôt la gloire enivre les Espagnols qui marchent à rangs serrés derrière le conquérant. Aucun sacrifice ne leur coûte; ils donnent sfénéreiisement leur sang; ils donnent aussi, sans compter, leurs doublons. Une seule dépense leur semble exagérée et dure à supporter, celle de la maison de Bourgogne, de cette prodigieuse administration palatine '. Ils trouvent exorbitant d'avoir à payer les
1. Instituée lo 15 août 1548 (Sandoval, Ilisforia de Carlos V, livre XXX, § 6).