‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 128 sur 197 · LES « BANCS )) DE FLANDRE · texte numérisé non relu

LES « BANCS )) DE FLANDRE

bien des récifs sont tristement célèbres dans les annales maritimes de l'Espagne. Depuis le XV® siècle, on les trouve signalés comme aussi périlleux que les plus mauvais parages, le golfe du Lion, le détroit de Gibraltar, terreur des anciens navigateurs. « Passer sur les bancs de Flandre », c'est pour l'Espagnol le comble de l'audace, de l'adresse et du bonlieui'. Le mot est vite devenu proverbial. Pasar por los bancos de Fldndes, c'est, au figuré, faire preuve d'un talent extraordinaire, triompher de la plus extrême difficulté, l'emporter sur to-us. On dit ainsi d'une femme, dont la beauté accomplie et sans tache a désarmé les critiques les plus sévères et les plus malveillants, qu'elle peut « passer sur les bancs de Flandre »; ce qui signifie que sa perfection est reconnue, qu'elle est désormais sans rivale. Et comme les Espagnols, quand ils ont créé un dicton, aiment à le tourner et à le retourner pour en tirer, même au prix d'un calembour, quelque nouvelle o^ràce de langrag'e, vos bancs de Flandre ont servi de prétexte à de nombreuses facéties. Banco signifiant en castillan à la fois banc et banque, vous voyez ce qu'ils ont pu faire de l'expression. Assigner à quelqu'un une somme sur les bancos de Fldndes, c'est le payer en monnaie de singe. « Qui me paiera une

« traite semblable » ? dit un personnage de Lope. « Les poissons ? — Oui, et de quoi vous « plaignez-vous ? Ces baiiques-Mx peuvent être « mouvantes : elles n'ont jamais sauté'. »

La Flandre aimable, nos militaires ne la connurent pas toujours, beaucoup ne firent que l'entrevoir. Dans le commencement surtout des guerres des Pays-Bas, l'antipathie qu'inspiraient les Espagnols ne leur permettait pas d'entrer dans l'intimité des Flamands, de prendre part à leurs jeux, à leurs fôtes et à leurs plaisirs. Ils devaient se contenter de contempler de loin et avec envie ces ébats d'une belle population et l'épanouissement d'une vie abondante et facile. Cette vision rapide d'une Flandre heureuse, paisible, sociable, ils la retrouvaient chez eux exactement rendue dans les tableaux des écoles flamande et hollandaise. Grâce à ces peintures, les Espagnols même qui ne vinrent pas chez vous et n'eurent pas l'occasion de comparer l'original à la copie se firent de votre pays et de ses mœurs une idée approximative, un peu conventionnelle, et plus belle peut-être que nature.

« Flandre n'est qu'un verger, dit un perce sonnage de comédie. C'est ainsi qu'on nous

Page 1