ECCLESIASTIQUES D ANTICHAMBRE
détraqué, cet humble représentant de la grande hiérarchie, Cervantes le traite bien ; il lui a donné quelque chose de mesuré et d'affable, avec cela un jugement sain, un parler correct. Jamais dans les propos du licencié Pero Ferez, n'apparaissent la pédanterie un peu lourde et le manque de tact si fréquents chez le prêtre campagnard. Sans doute ce type agréait assez au romancier. En revanche, l'ecclésiastique qui ne vit pas dans sa cure et au milieu de ses ouailles, l'ecclésiastique cju'on rencontrait à tout instant dans les antichambres et sur les chemins, parce qu'alors la robe du prêtre était une protection et assurait une foule de prérogatives, de celui-là il n'en fait assurément pas grand cas. Dans l'aventure de ce corps mort escorté par des clercs que Don Quichotte prend pour des fantômes et que Sancho dépouille consciencieusement de leurs victuailles empilées sur un mulet, il y a une petite phrase jetée en passant à l'adresse de « Messieurs « les ecclésiastiques qui rarement oublient de « se donner toutes leurs aises ' «, dont il ne faudrait pas exagérer la portée, mais qui prouve au moins que Cervantes était homme
1. « I^os senores clérlgos... que pocas vcces se dejan mal pasar. » (Z>. Q., I, 19.)
312 V. l'eSPAGNE du v don QUICHOTTE )).
à 1res bien discerner le fond d'égoïsme et de sensualité que pouvait recouvrir une soutane. Il savait encore que le vœu de chasteté ne s'observait pas toujours dans ce milieu-là avec la rigueur voulue, et c'est pourquoi il laisse raconter sans le moindre scrupule par Don Quichotte l'histoire de certaine veuve, assez délurée, qui aurait pu se choisir un amant parmi de savants théologiens de son entourage, au lieu de s'adresser à un frère lai bien dodu, mais qui préféra ce dernier, l'estimant, pour ce qu'elle en attendait, tout aussi savant qu'Aristote^
Une variété d'ecclésiastiques que Cervantes n'a pas ménagée, qu'il a même cinglée avec la plus entière satisfaction, est celle du parasite de robe longue, du confesseur et factotum des maisons de l'aristocratie, du prêtre intrus qui prétend gouverner le grand seigneur et lui apprendre son métier, mesurant la libéralité du maître à l'étroitesse de sa propre âme et rendant ce maître misérable à force de vouloir restreindre sa dépense^. « Que nous « veulent, s'écrie-t-il, ces gens qui, nourris « dans la misère d'une pension d'étudiants,