‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 151 sur 197 · CONFESSEURS ET PARASITES · texte numérisé non relu

CONFESSEURS ET PARASITES

(c sans avoir vu plus de monde que n'en con- « tiennent vingt ou trente lieues, pensent qu'il « suffît de s'introduire dans les maisons des « grands pour trancher de tout, wetc*. L'homme d'épée reparaît ici. Cervantes, comme la plupart des écrivains d'alors, avait dû chercher un appui auprès des puissants et s'abriter à leur ombre, aussi ne peut-il contenir sa colère. à l'aspect de ces échappés de collège, de ces séminaristes présomptueux et pédants, que leur éducation et leur ignorance de la vie rendent si impropres au rôle qu'on leur donne à tenir. Il se demande pourquoi de tels emplois sont confiés à de telles gens, quand il serait si facile d'en pourvoir des laïques, des hommes ayant acquis l'expérience des choses, frayé longtemps avec leurs semblables, vu des pays étrangers, combattu et souffert, des hommes comme lui-même, enfin ! Ceux-là seraient capables de conseiller le grand, de le rapprocher des faibles et des humbles et de le diriger dans l'administration judicieuse de son pouvoir et de sa fortune. Possible que cette verte réprimande ait été dictée à Cervantes par quelque ressentiment personnel, |)Ossible qu'il ait visé quelque ecclésiastique

1, D. q., II, 32.

314 V. l'espagne du « don Quichotte ».

qui l'aurait desservi auprès d'un de ses protecteurs : cela n'enlèverait rien à la portée de ses paroles qui, par-dessus l'individu, atteignent l'espèce.

De certains ordres religieux assez décriés en Espagne, à cause des vices qui leur étaient propres ou qu'on leur prêtait volontiers, Cervantes n'a rien dit dans son roman ; mais il n'a pas omis d'y faire figurer un type d'exploiteur de la religion fort répandu de son temps: l'ermite, sorte de malandrin à longue barbe vénérable, à figure béate, dont tant d'auteurs nous ont dénoncé les honteuses pratiques et la cynique existence. « Nos ermites d'aujour- « d'hui, observe Don Quichotte, savent se « sustenter de volailles, ils ne ressemblent (( pas à ceux des déserts d'Egypte qui se « vêtaient de feuilles de palmier et se nour- « rissaient des racines de la terre*. » Et Cervantes a beau pallier cette critique en déclarant que, puisque tout va mal, mieux vaut encore l'hypocrite qui affecte la vertu que le pécheur qui étale son indignité, il ne parvient pas à nous donner le change sur ses sentiments; rien ne devait autant répugner à sa

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