‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 152 sur 197 · DÉVOTION DE CERVANTES · texte numérisé non relu

DÉVOTION DE CERVANTES

nature droite et vaillante que l'oisiveté vicieuse de cette catégorie abjecte de faux dévots.

Ainsi, non seulement Cervantes n'a jamais rien écrit, touchant la doctrine, qui prêtât au moindre reproche d'impiété ou de libertinage d'esprit, mais on ne peut même pas dire qu'en s'en prenant occasionnellement à quelques travers des serviteurs du culte, ou à certaines façons d'abuser de la religion et du caractère sacré qu'elle confère, il ait eu la main très dure ou le trait particulièrement acéré. Au reste, divers incidents des dernières années de sa vie accusent la sincérité de ses convictions et même le respectdont il se croyait tenu d'entourer telles pratiques dévotes usitées parmi les mondains d'alors. Son affiliation, en 1609, à la confrérie de la rue de l'Olivier, qui lui valut le titre d' « esclave du Très Saint Sacrement », son entrée, quatre ans plus tard, dans le tiers-ordre de saint F'rançois, voilà des démonstrations, à ce qu'il semble, significatives. Je sais bien que beaucoup entraient dans ces confréries, moins poury accomplir des actes de contrition que pour se donner de l'importance, pour y briller, étaler leur train et leur faste, lorsque par exemple de grandes cérémonies offraient aux confrères l'occasion de défiler processionncllement dans les rues de la capi-

316 V. l'espagne du « don Quichotte ».

taie, sous les regards du public le plus choisi^ Une confrérie représentait en Espagne au xvii^ siècle ce que représente aujourd'hui un club; les gens d'un certain monde appartenaient à telle cofradia, et l'on se qualifiait en ajoutant à son nom celui de la coterie pieuse qui vous avait admis. L'on se qualifiait; en même temps l'on se garantissait contre de fâcheuses suspicions, et, parfois aussi, contre les coups de la fortune adverse. Les confrères étaient en quelque sorte solidaires, obligés par point d'honneur de s'entr'aider: une cofradia bien organisée devait tenir un peu de nos sociétés de secours mutuels. C'est ce qui explique pourquoi tant de gens de lettres briguaient l'honneur d'être reçus membres des cono^rég'ations du chevalier de Gracia ou de la rue de l'Olivier, les plus connues du Madrid de Philippe IIL Cervantes fit comme Lope, comme Quevedo, comme Calderon et tant d'autres. Vieux, fatigué et pauvre, il chercha un milieu où rencontrer des pro-

1. « No puede ser daiïoso tener plaça en alguna de las Congregaciones y Esclavitudes de la Corte, y en ella oficio de mayordomo o consiliario, para poder en dias festivos senalaros con mas particularidad con el baston dorado o con qualquier otra insignia propria del cargo que tuvieredcs. » (Suarez de Figuoroa, El Pasagero, alivio IX.)

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