‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 153 sur 197 · GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION

lecteurs, coudoyer des personnages influents, étendre ses relations, le tout sous les plis d'une pieuse bannière. Mais quels qu'aient pu être les motifs intéressés de cette détermination prise sur le tard, l'acte même de l'affiliation, le fait qu'il se présenta et fut agréé, montre surabondamment que ceux qui avaient à l'admettre ou à l'écarter et qui, jaloux de leurs droits, ne devaient pas être enclins à l'indulgence, ne lui tinrent pas rigueur pour quelques propos risqués de son Don Quichotte et n'hésitèrent pas à lui délivrer le diplôme de confrère des mieux pensants.

Cette puissante machine gouvernementale, administrative et judiciaire, construite avec tant de peine par les Rois Catholiques, renforcée par les ministres de Charles-Quint, puis amplifiée et compliquée à l'excès par Philippe II, le prince méticuleux et paperassier, qu'en pense Cervantes et comment la juge-t-il? 11 ne s'agit pas de vues d'ensemble, d'appréciations générales qui, si elles avaient pu trouver place dans le Don Quichotte, seraient vraisemblablement des banalités sans intérêt. Nous ne demandons pas à Cervantes de nous exposer un plan de gouvernement et de nous déduire la meilleure méthode d'administrer un peuple en assurant son bonheur; nous ne

318 V. l'espagne du « don Quichotte ».

lui demandons pas une dissertation en forme touchant les mérites et les inconvénients du système mis en pratique parles maîtres du jour. Non, nous ne saurions réclamer de lui que des aperçus, des impressions personnelles sur certaines parties de la machine qu'il connaît pour les avoir visitées de près et touchées du doigt. Cela, nous le lui demanderons, car il ne se peut pas qu'un homme qui fut acteur, ou figurant tout au moins, dans plusieurs scènes du grand drame politique espagnol du xvi" siècle et que le hasard initia à quelques-uns de ses dessous, n'ait rien de curieux à nous révéler sur le fonctionnement de l'appareil, les complications et les défauts de plus d'un de ses rouages.

La conviction que le gouverneur et le magistrat sont des ennemis nés du faible et du pauvre, qu'ils appartiennent corps et àme au premier qui prend à tâche de les suborner et que leurs actes n'ont d'autre mobile que l'intérêt ; la conviction que les emplois ne se donnent qu'à la faveur et à l'argent, qu'on entre dans une charge uniquement pour s'y engraisser et qu'on s'efforce de n'en sortir que repu, cette conviction était ancrée chez Cervantes comme d'ailleurs chez la plupart de ses compatriotes. Un juge intègre, un administra-

Page 1