D. Q., II
320 V. l'espagne du « don Quichotte ».
et qu'il n'a pas pu être insensible à certaines mesures rigoureuses prises par ce souverain pour redresser bien des torts. Philippe II eut une sollicitude immense pour ses sujets, c'est le beau côté de son action gouvernementale, et quand il réussit à être exactement informé et à atteindre le mal, jamais il n'hésita à y porter la sonde. L'aisance avec laquelle il sacrifiait les plus hauts dignitaires de l'Etat lorsqu'ils avaient failli, l'estime dont il entourait de modestes fonctionnaires, depuis les « secrétaires biscayens », ces bureaucrates accomplis, jusqu'aux corregidors des plus petites villes, enfin de promptes exécutions, des châtiments exemplaires, sans aucune considération pour la personne du délinquant, quand l'injustice avait été dévoilée, voilà des faits singulièrement méritoires et que n'eût pas désavoués la grande Isabelle la Catholique. Mais l'administration de l'immense empire ressemblait assez au tonneau des Danaïdes. Philippe II avait beau lire tout ce que ses agents lui écrivaient de tous les points du globe, noircir des rames de papier et annoter de sa main des liasses de rapports, il avait beau, comme un comptable surchargé de besogne, s'aider de la reine et des infantes, ses filles, pour verser le sable sur les lettres et porter