‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 156 sur 197 · ADMINISTRATION DE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE PHILIPPE II

les plis au fidèle Santoyo qui les traiismeltait aux secrétaires \ cette prodigieuse activité d'administrateur et de scribe, dont il n'y a pas d'autre exemple dans Thistoire, résultait vaine la plupart du temps. Plus la chancellerie expédiait d'ordres, et plus elle recevait d'enquêtes, de pétitions et de mémoires; les papiers s'amoncelaient sur les tables des commis qui ne pouvaient suffire à la tâche effroyable. Le maître, renseigné trop tard, ne prenait pas de décisions au moment opportun, et, comme il était de sa nature timoré et hésitant, ce qu'il décrétait manquait son but et s'évanouissait en fumée. A vrai dire, l'empire était trop vaste, le travail trop au-dessus des forces humaines, et, d'autre part, le mal trop profond, trop difficile à extirper.

On a prétendu voir dans la description du gouvernement de l'île Barataria par Sancho

1 . Nous devons à l'iiistorien Cabrera ce joli tableau d'intérieur : « Le Roi Catholique vint passer l'été au monastère de Saint- Laurent, et il s'y appliquait à l'expédition des affaires, grandement aidé par la reine et les infantes. Lui écrivait et signait, la reine jetait du sable sur les lettres et les infantes les portaient à une table où Sébastien de Santoyo, le valet de chambre commis aux papiers, fidèle, de grande discrétion et bien vu du roi, faisait les paquets et les plis et les envoyait aux secrétaires. » (Ilistoria de Felipe If, t. II, p. 198.) On se croirait chez un notaire de province.

322 Y. l'espâgne du « don Quichotte »,

Panza une satire du système administratif de l'Espagne au temps de Cervantes; ce serait dans ce chapitre que l'auteur du Do7i Quichotte aurait exprimé avec le plus de franchise ses idées sur le maniement des affaires publiques. Je n'y contredis pas absolument. Toutefois, je ne remarque rien là qui caractérise avec netteté le gouvernement de Philippe II ou celui des premières années de son successeur. La morale de l'expérience tentée par le duc au profit de l'écuyer de Don Quichotte est conçue dans des termes très généraux et se résume à peu près en ceci : il n'y a pas de science politique, un vulgaire bon sens suffit pour trancher les questions les plus délicates, et le premier paysan venu, avec son flair naturel, en sait plus long que le juriste patenté de Salamanque ; la volonté du gouvernant, son désir d'opérer des réformes utiles succombent devant la routine des bureaux et l'hostilité de l'entourage, défenseurs obligés des vieux errements et des abus ; le désintéressement, vertu louable en soi, n'a pas de raison d'être dans ces situations, car il ne vous vaut ni estime ni reconnaissance ; lorsque le gouverneur sort riche, on dit que c'est un voleur, mais en revanche quand il sort pauvre, on dit que c'est un niais, etc. De tels aphorismes s'appliquent

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