LES IDÉOLOGUES
à tous les temps, à ceux qui ont précédé comme à ceux qui ont suivi l'apparition du Do7i Quichotte. Aucune des modifications apportées par Philippe II au régime antérieur et aucune des mesures qui signalèrent l'avènenement de Philippe III et le règne des favoris ne sont ici visées. Au demeurant, nul cri d'indignation, nul trait virulent, nulle aspiration à un idéal quelconque, nulle Salente entrevue dans un rêve. Cervantes ne croit pas en principe aux innovations en matière d'économie sociale ou de politique, et il est prêt à traiter d'utopiste quiconque cherche le mal dans les institutions, au lieu de le chercher où il est, chez les hommes \
Les réformateurs lui font tous un peu l'impression de cet idéologue d'une de ses nouvelles qui, pour parer au déficit des finances royales, proposait au roi de contraindre ses sujets à se nourrir une fois par mois de pain et d'eau et à verser dans son trésor la somme qu'ils auraient employée ce jour-là à se mieux sustenter. Remède ingénieux sans doute, mais, dit le chien Berganza : « N'avez-vous pas
1. « Coheche V. M., senortinicnte, colieche y tendra dineros, r ?w haga usos nuevos, que moriid de hamljie, » tel est le conseil de la Gitanilla qui en savait long.
324 V. l'espâgne du « don Quichotte ».
« remarqué que ceux qui préconisent de seni- « blables panacées s'en vont tous mourir dans « les hôpitaux* ? »
Un des graves problèmes de l'Espagne du xvii" siècle fut, on le sait, la conduite à tenir vis-à-vis de la popidation d'origine musulmane, à demi assimilée depuis longtemps au régime chrétien, mais qui, sur certains points du ro) aume, en Aragon surtout et dans le pays de Valence, regimbait encore contre l'ardeiite propagande des prêtres et des administrateurs, maintenait par une sorte de respect traditionnel beaucoup d'usages particuliers à sa race et à sa religion et faisait ainsi tache au sein du peuple élu, de la nation catholique. Gomment ensuite résoudre une autre question étroitement liée à la première, comment se comporter à l'égard des états barbaresques de l'Afrique du nord, ennemis jurés de la monarchie espagnole, danger permanent pour elle, puisque leurs corsaires entravaient journellement les relations avec l'Italie, dévastaient le littoral péninsulaire et tachaient d'établir une certaine correspondance avec leurs anciens coreligionnaires demeurés en Espagne ? Le duc de Lerme, soutenu par- le