‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 158 sur 197 · TURCS ET MORES · texte numérisé non relu

TURCS ET MORES

<:lergé, mais combattu par la grande noblesse territoriale qui comptait de nombreux vassaux morisques, trancha la première difficulté en expulsant tous les musulmans d'Espagne, mais il laissa subsister la seconde. L'Espagne se priva, en quelques années, d'une population laborieuse et honnête qu'elle exporta chez ses ennemis et ne put jamais remplacer par des éléments indigènes; d'autre part, elle ne réussit pas à assurer la sécurité de ses côtes et à arrêter les progrès de la piraterie barbaresque. De nos jours, la conduite de Lerme a été sévèrement jugée en Espagne : l'expulsion des Morisques y passe pour une lourde faute économique, et l'abandon de toute politique expansive en Afrique y trouve d'autant plus de censeurs que les Espagnols ont bien souvent à regretter de n'avoir pas assis solidement leur domination sur l'autre côté du détroit quand ils en possédaient les moyens. Sur le fait de cette lutte entre la croix et le croissant, Cervantes se jugeait compétent. Il connaissait l'infidèle, il l'avait heurté les armes à la main à Lépante, il avait subi son joug à Alger. Rentré en Espagne, la tête pleine de ses prouesses guerrières et des pénibles incidents de sa captivité, il gardait au fond du cœur, plus intense que beaucoup d'autres qui

32G V. l'espagne du « don quighotte ».

n'avaient pas été soumis aux mêmes épreuves, la haine sainte du mécréant, ce credo de la vieille Espagne. Le Turc est le danger extérieur, le Morisque est le fléau du dedans. Combattons le premier et extirpons le second. Dans son épitre à Mateo Vazquez, le ministre de Philippe II, écrite alors qu'il se trouvait encore enchaîné au bagne, il annonce l'intention, aussitôt racheté, de se jeter aux pieds du roi et de lui tenir le langage suivant: « Puisfc sant monarque, qui avez asservi mille « peuples barbares, qui recevez le tribut « même des nègres de l'Inde, comment tolé- (( rez-vous qu'une misérable bicoque vous « résiste ? Ses défenseurs sont nombreux, « mais faibles et mal équipés, et la muraille « s'écroule. Qu'attendez-vous ? Vous avez en « vos mains la clef qui doit ouvrir l'obscure (( prison où gémissent dans les souffrances et « les tourments plus de vingt mille chrétiens. « Ecoutez-les, ils vous implorent à genoux. « Ah ! puissiez-vous accomplir ce qu'a com- (( mencé votre valeureux père ! Montrez-vous « et la seule annonce de votre intervention « remplira de stupeur et d'effroi ces bourreaux « ([ui tremblent en attendant leur châtiment, w L'éloquente supplique ne fut pas entendue. Philippe II avait d'autres soucis. Au moment

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