CLASSES NOBLES
une suprême consolation que de pouvoir se dire qu'il s'en allait citoyen du premier empire du monde.
Voyons maintenant comment, au témoignage de notre écrivain, vit et s'agite, dans le cadre que lui a tracé l'histoire, cette société espagnole, qui, au moment môme de la plus grande expansion territoriale de l'Etat, semble se rétrécir et s'étioler sous la pression du fanatisme religieux, du pouvoir absolu et de certains principes jadis vivifiants, mais devenus avec le temps de simples préjugés.
Au sommet, une noblesse titrée et à plusieurs étages, depuis la grandesse jusqu'aux anoblis par le roi, classe sans signification politique et ne subsistant qu'en vertu du prestige qu'elle s'est acquis, des richesses qu'elle a amassées ou des faveurs qu'elle sait encore se faire octroyer pour des services quelconques. Cette noblesse ne peut se vanter d'appartenir à une race supérieure et dans ses veines ne coule pas un sang plus pur que dans la masse du peuple : ici point de ces distinctions tranchées, de ces antagonismes comme il en existe ailleurs entre Franc et Latin, entre Normand et Saxon. Tout le monde est Goth ou croit l'être.
Le trait caractéristique de cette classe noble,
332 V. l'espâgne du « don Quichotte ».
ce que montre bien le nom de ricohomhre que se donnèrent d'abord ses membres, est la fortune, la possession d'une terre, d'un fief, la jouissance de faveurs royales. On n'est reconnu noble et on ne peut le demeurer qu'à la condition d'être riche. Telle «st bien l'opinion générale et en particulier celle de la nièce de Don Quichotte. « Comment, répond-elle à son « oncle, comment, vous qui n'êtes qu'hidalgo, « pouvez-vous vous dire chevalier, car on voit « à la vérité des hidalgos le devenir, mais il « faut pour cela qu'ils ne soient pas pauvres*.» Selon les temps, cette première noblesse castillane, à laquelle se mêlaient des bâtards de la maison royale, a exercé dans l'État une influence plus ou moins grande. Elle a eu des moments de splendeur, par exemple au xv' siècle, où ses turbulents chefs contrebalancent le pouvoir royal et le sapent. Refrénée et tenue en laisse par les Rois Catholiques, ces opiniâtres restaurateurs du régalistne, elle reprend de rimportance sous Philippe d'Autriche et Charles-Quint, pour en perdre de nouveau beaucoup avec Philippe II, qui l'aJjaisse tant qu'il peut, la musèle et la sacrifie à l'homme de robe longue, au légiste des universités dont il