‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 163 sur 197 · PORTRAITS DE GRANDS · texte numérisé non relu

PORTRAITS DE GRANDS

peuple ses chancelleries et ses conseils. Philippe III lui rend une partie de son prestige et de son pouvoir, et le xvii' siècle devient le règ-ne des favoris de o-randes maisons. C'est alors, bien mieux qu'au moyen âge, que le nom de riche homme définit exactement l'espèce : toutes les hautes dignités, toutes les charges profitables, toutes les grasses vice-royautés d'Italie et des Indes, tout ce qui rapporte et enrichit lui appartiennent.

Cervantes a assisté à la rentrée en faveur de la noblesse titrée et à l'énorme curée qui marqua l'avènement de Lerme au poste de premier ministre. Il peut sembler surprenant qu'il n'ait pas dessiné quelques silhouettes de ces grands cyniquement glorieux du produit de leurs rapines, si bouffis de morgue hautaine, si indignes pour la plupart des emplois qu'ils arrachent à la faiblesse du souverain. C'est qu'il en avait besoin, c'est qu'il était, comme tous les gens de lettres d'alors, leur domestique, c'est qu'il devait employer une partie de son talent à solliciter leurs bonnes grâces. Tracer des portraits trop ressemblants et où l'un d'eux se serait reconnu eût ruiné le pauvre écrivain. Aussi, quand il s'est décidé à peindre un grand, a-t-il pris soin de l'extraire de son milieu, de l'éloigner de la cour, de l'exiler

334 V. l'espagne du « don Quichotte )>.

clans ses terres. Le duc et la duchesse qui recueillent Don Quichotte et s'en amusent, pour tromper l'ennui d'une longue villégiature rendue nécessaire peut-être par quelque revers de fortune ou quelque disgrâce, ces types de la grandesse espagnole sont présentés sous un jour aimable et enguirlandés de ces flatteries délicates si habituelles dans le lansfagfe courant de l'époque. Quelques piqûres toutefois çà et Là attestent que l'auteur n'a pas aliéné son indépendance et ne renonce pas tout à fait à son franc parler. Le bavardage médisant de la duègne qui révèle à Don Quichotte le secret du teint de lis et de roses de la duchesse n'est qu'une drôlerie sans conséquence. Plus mordante est une autre confidence de la même respectable commère. Sa fille, séduite par le fils d'un riche paysan, n'obtient pas du duc qu'il intervienne pour contraindre le séducteur à réparer sa faute. Le maître ferme les yeux et fait la sourde oreille. C'est, dit la duègne, que le père paysan, fort cossu, prête de l'argent au duc et le tire de ses embari'as souvent en se portant caution pour lui \ La plupart des maisons de la grandesse en étaient là. L'argent acquis par des malversations s'en allait par

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