NICOLAS ANTONIO
« graciosissimo parte [Lazarille] al ingenio de « I). Diego de Mendoza ». Puis, le premier, il renvoie au passage de Sigiienza sur Ortega, sans d'ailleurs y attacher d'importance : la présence d'un brcîuillon de Lazarille, dans la cellule de ce religieux, à une époque où les livres imprimés étaient rares et où on les copiait parfois encore à la plume, ne lui paraissant pas constituer une preuve sufiisante'. Il se range donc k Topinion des partisans de Mendoza, qui, quelque cinquante ans plus tard, devait trouver en Nicolas Antonio, le grandmaître de la bibliographie espagnole, un appui plus sérieux :
« TriJjuitur eliam nostro, juvenilis aetatis, « ingenio tamen ac l'estivitate ])lenus, quem « Salmanticie elucubrassc dicilur, libellus, « scilicet : Lazarillo de Tormes indigitatus », dit ce savant de Mendoza ; puis il ajoute : « Quamvis non desit qui Joannem de Ortega, « Hieronymianum monachum, hujus auctorem « asserat, Josephus videlicet Seguntinus in « eius ordinis historiée lib. I, cap. xxxv- ». On voit que N. Antonio ne se prononce pas entre ces deux opinions, qu'il enregistre sim-
1. Ms. de la lîiljliollièqiic nationale de Madrid, Ff 23, p. 136.
2. [iihliuthecii liisjxiiui nova, Madrid, 1783, l. l, p. 291.
146 II. LE lazârille de tormes.
plement, sans même les discuter : preuve évidente qu'il n'en savait pas plus long sur le sujet que ses prédécesseurs. Mais, telle est l'autorité de ce savant, qu'une attribution consignée jiar lui dans son livre, alors même qu'il ne la recommanderait pas^ passe facilement pour chose avérée, pour article de foi. Ici, en reléguant à la fin de sa notice la version de Siofiienza, Antonio en a diminué la valeur ; on s'est habitué à n'en parler- (pra[)rès l'autre, quand, au contraire, on devrait l'examiner tout d'abord, ayant été formulée la première et en termes relativement précis.
Avant d'aller plus loin et de poursuivre méthodiquement cette enquête, demandonsnous qui était ce Mendoza, dont le nom est ainsi venu s'attacher au Lazârille.
Dieofo Hurtado de jNIendoza, surnommé le Savant', appartenait à l'une des branches les plus illustres de cette grande maison de Mendoza, qui passe, à juste titre, pour une des premières d'Espagne. Nulle n'a récolté plus de gloire, nulle n'a été plus puissante, plus fastueuse et plus riche. Et quoi de comparable à son origine, ([u'une belle légende remonte
1. « I)(in Diego Ifiirlado do Mciido/a cl Stihio « (dabroni, ■Ilisloria (lo fù-lipe II, Madrid. 1877, I. 111, p. ;}5G).