D. DIEGO DE MENDOZA
jusqu'au Cid Campeador dont les ^Slendoza auraient gardé les armes? ^lendoza — rhacuii le sait — porte de sinople à la bande de gueules bordée d'or, « parce que le Cid réijandait le « sang des ■Maures, qui est rouge, dans le « ehanip, ([ui est verl' » : héroïque blason, auquel une alliance joignit plus tard VAve Maria des Vega, gagné au rio Salado par le preux Garcilaso ". Au commencement du xvii'' siècle, cette gigantesque famille comptait soixante majorais, dont beaucoup étaient titrés, et de quels titres ! Duc de Tlnfantado, titre du chef, qui, à lui seul, commandait à trente mille vassaux, la plupart nobles'^; marquis de Santillana , comte du Real de Manzanàres ; comte de Saldana ; marquis de jMondéjar ; comte de Tendilla, etc.
Né à Grenade, en 1503, notre Don Diego
1. « Blason de armas abreviado, por Garci Alonso de Torres, rey de armas, llainado Aragon, dcl sefior rey Don Fernando el 5'^ » (nis. de la Biblioliièque nationale, Esp. 3i7, fol. 106).
2. Ce Garcilaso, on ne l'ignore pas, tua le Maure qui avait profané le divin emblème en l'attachant à la queue de son cheval.
3. « El [senor] de mas vasallos, pues tiene treinta mil, y los mas hidalgos : el duque del Infantazgo » (Miscelanea de Zapata ; dans le Mémorial liisfôrico rsparlnl. Madrid, 18n9. t. XT, p. 56).
l'tS H. LE LAZâRILLE DE TORMES.
était le cinquième fils d'Inigo Lôpez de Mendoza, deuxième comte de Tendilla, et de Francisca Pacheco. Dans une telle famille et à une telle époque les cadets se tiraient d'affaire. Diego essaya d'abord de l'église^, étudia à Salamanqiie, mais, à ce qu'il semble, renonça de bonne heure à la carrière ecclésiastique, et partagea son temps entre les armes et les lettres. Il se rendit en Italie, où souvent on le vit déposer la pique pour entendre les leçons des doctes maîtres de Bologne, de Padoue et de Rome. Cette éducation, à la fois militaire et savante, devait en faire un des liommes les plus accomplis de son temps et le
1. « En su mocedad sigulô la profession ecclesiastica « ...Siendo embaxador eu Venecia dexô aquellos habltos con « occasion de embiarle el emperador Carlos V por embaxador « a Roma, en tiempo del papa Paulo III » (Baltasar de Zuniga, Brève memoria^. La profession ecclésiastique de Mendoza, qu'on a, bien à tort, révoquée en doute (W. I. Knapp, Obras poéticas de D. Diego Hurtado de Mendoza, Madrid, 1877, p. xvi), nous est confirmée par linlércssé lui-même : « El lugar « que todos los embajadores de V. M^... ban tenido cra cabe « el papa... Dicen que se da jjor razon de la persona. Sea por « lo que fuere, yo lo tengo ; y, para este efecto y para estorbar « mncbas spcranzas que se tenian en mi cleiecia, ...me lie « puesto habito de lego » (Mendoza à Cbarlcs-Quint, Rome, 2 mai I5i7; Dokiunenie zur (ie.tcliic/ile Karl's V. Philip p' s H ii/id ilirer Zeit, pnbl. par .1. von Dollingcr, Ratisbonne, 1862, p. 59).
MEÀDOZA A HOME. I'l9
préparait fort bien aux fonctions de diploniale, qu'il exerça à plusieurs reprises, notamment au concile de Trente, puis auprès du pape Paul III, alors que s'agitait la grave question du transfert du concile à Bologne. Diego trouva en Paul III un adversaire digne de lui : Farnèse tenait tête à Mendoza. Tous deux bataillaient pour leur cause avec la même opiniâtreté, la même acrimonie et la même violence. Aucun ne voulut céder; mais le pape mourut. Sous Jules III, Mendoza négocia plus facilement ; toutefois son caractère hautain et emporté lui aliéna bientôt le nouveau pape, qui obtint de Charlcs-Quiiit le rappel de Don Diego. Rendu à sa patrie, Mendoza n'y conserva pas longtemps, sous le fils du grand empereur, la faveur dont il avait joui précédemment. Philippe II détestait l'arrogance des familles de la grandesse ; en toute occasion, il cherchait à ravaler ces orgueilleux vassaux et à leur faire sentii' son despotisme de roi légiste et paperassier. Mendoza n'était pas homme à courlx'r l'échiné et à ne pas commettre d'imprudences. Il en commit, se prit un jour de ([uerelle, en plein [)alais royal, avec quelque gentilhomme, ety fut arrêté pour cause de man(piement à la personne du roi. Conduit à la forteresse de Médina del Campo,
puis exilé à Grenade', il résida dans cette ville presque jusqu'cà la fin de sa vie, y occupant ses loisirs, soit à écrire l'histoire de la révolte des Morisques dans les Alpujarras, dont il fut le témoin oculaire, soit à annoter des manuscrits grecs, soit à composer des terzines à la mode italienne. 11 paraît être rentré en grâce auprès de Philippe 11 vers 1574^; du moins le voyons-nous, cette année-là, reprendre le chemin de la cour. Il n'y vécut pas longtemps ; son biograplie le mieux informé, Ignacio Lôpez de Ayala, dit qu'il mourut en avril 1575^ Tout ce qu'a fait Mendoza, comme militaire, diplomate ou écrivain, pèse peu en regard des services éminents qu'il a rendus aux lettres
1. C est ce qu on raconte ; mais un plus ample examen des témoignagnes invoqués par ceux qui ont cru à cette arrestation la rend fort invraisemblable. Voir I'Appendice IV.
2. « Aimque andava muy de partida para acercarme a essa « Corte, todavia me daré mas prissa con la occasion de ai,'er « sido sevvido Su Magestad de darnte licencia (/ne entre (c en ella a tratav de las quc/itas de Italia, que, de qnal- <( quier suertc, tengo en muclio esta merccd » (Mendoza à Zurila, Grenade, 14 juin 1574; Donner, Pvogresos de la liistoria de Aragon, éd. do Saragosse, 1878, p. 572).
3. Vida de Don Diego flurlado de Mendoza, dans Tédiilon de la Guerra de Granada. publiée à Valence en 1776. Voir aussi la Noiicia histôrica de Don Diego Hurtado de Mendoza, du même, dans la Continiiacion del Almacen de frutos literarios, n° 18, 7 décembre 1818.