‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 9 sur 197 · FERNAND DE CORDOUE · texte numérisé non relu

FERNAND DE CORDOUE

Pulgar, rhistorien des Rois Catholiques, qui, chargé d'une mission diplomatique en France par la reine Isabelle, en profite pour s'initier à la littérature française de l'époque, à laquelle il emprunte le modèle de ses Hommes illustres de Castille\ Tel enfin maître Fernand de Gordoue. Mais celui-là vaut une mention plus longue, car il semble qu'en nous envoyant ce phénomène, l'Espagne ait voulu se venger du mépris qu'avaient jusqu'alors affecté nos clercs pour la science espagnole.

Un jour donc, c'était au mois de novembre 1445, apparut à Paris un jeune clerc « natif « des Espaignes », âgé de vingt ans environ, d' « assez belle personne et moult agréable à « tous gens qui de lui avoient congnoissance », rapporte un de nos chroniqueurs. Ce clerc possédait d'abord tous les grades universitaires imaginables, il était maître en arts, docteur en médecine, en théologie, en lois, en décret et, par surcroît, peintre et musicien. Ce n'est pas tout. Fernand avait encore l'éducation du chevalier; il jouait incomparablement de l'épée à deux mains et était homme à « sau- « ter contre son adversaire et arrière de lui « vingt piez ou plus ». Quand il se présenta de-

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vaut les clercs de notre université, assemblés pour l'entendre, qu'il leur parla sans hésiter « latin trop subtil, grec, ébreu, caldicque, « arabicque », qu'il répondit victorieusement aux arguments qu'on lui proposa, la docte assemblée fat saisie d'une « freour » telle, qu'elle ne sut décider autre chose, sinon que cet Espagnol devait être l'Antéchrist ou de ses disciples. Passe pour la frayeur, cela ne se commande pas toujours, et le cas, il faut en convenir, était extraordinaire. Mais, avouonsle à la honte de l'université de Paris, à ce sentiment peu noble se joignit un autre sentiment moins noble encore, la jalousie. Rongés de dépit, parce qu'ils avaient été obligés de reconnaître la parfaite orthodoxie des argumentations de Fernand, ce qui ne leur permettait pas de le traiter en sorcier et de le brûler, nos docteurs, pour satisfaire leur rancune, le firent du moins arrêter, interdire, puis convoquer à Saint-Bernard devant une nombreuse assemblée, et là lui tendirent mille pièges pour le contraindre à formuler (|uelque proposition condamnable. Fernand se lira de cette épreuve avec tant d'adresse et de modestie qu'il fallut, bon gré mal gré, le laisser partir. Aux avances qu'on lui fit ensuite jxMir l'inciter à demeurer à Paris, il répondit

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