‹ Études sur l'Espagne (volume 4)Chapitre 91 sur 197 · HUGO ET GUSTAVE PLANCHE · texte numérisé non relu

HUGO ET GUSTAVE PLANCHE

empêché de le dire. Mais M™" d'Aulnoy le sait. Selon sa coutume habituelle, elle a dramatisé le récit un peu terne des mémoires qui lui étaient tombés sous la main, et cela grâce à un artifice bien simple. Comme on dit au collège, elle a mis au discours direct, ^'oici sa copie:

« Le Roy... fut passer quatre jours à lEscurial. Il ne voulut être accompagné que du duc de Medina- Geli, du premier ecuyer, d'un secrétaire d'Etat, d'un i];entilhomme de la chambre et d'un majordome. Le lendemain qu'il fut arrivé, la Reine luy écrivit une lettre fort tendre et lui envoya une bague de diamans. Il luy envoya à son tour un chapelet de boisdecalambour, garny de diamans, dans un petit coffre de tilagrame d'or, où il avoit mis un billet qui contenoit ces mots : Madame, il fait grand vent; j'ai tué six loups ^. «

Et maintenant, que vient-on reprocher à Hugo ? D'avoir inutilement ridiculisé le roi d'Espagne ? Mais la lettre n'est un peu étrange que dans la forme laconique que lui a prêtée M™*^ d'Aulnoy. Et môme, qui sait? Charles II n'écrivait peut-être pas autrement à celle qu'il appelait mi reina. Tout bien pesé donc, le poète n'a à sa charge que d'avoir emprunté un vers à une femme du xvii*^ siècle ; et quant

1. Mémoires de M''"' d'Aulnoy, éd. de 1690, t. II, p. 60 ; éd. de M'"'^ Carey, p. 220.

208 III. l'histoire dans ruy blas.

à Gustave Planche, « nain horrible », — c'est l'aimable épithète que lui décocha Hugo' — il a cette fois joué de malheur, en menant un fort grand bruit pour une très petite chose.

Les Bazan : Don Salluste et Don César. Pourquoi cette famille plutôt qu'une autre, pourquoi Bazan plutôt que Mendoza ou Guzman ? Il est facile de se l'expliquer. Pour se fournir de noms de grands d'Espagne dont il avait besoin, Hugo s'est mis à feuilleter ce livre de Nuhez de Castro, Solo Madrid es carte, auquel le renvoyait l'abbé de Vayrac. En le parcourant, ses yeux se sont portés d'abord sur une page de la liste des grands oii défilent les marquis : au hasard, il en choisit trois dont les noms se suivent immédiatement chez l'historiographe madrilôgne :

« Marques del Basto. Su apellido Avalos. Sus estados en Napoles.

« Marques de Priego. Su apellido Cordova y Aguilar. Sus estados en Andalucia.

<( Marques de Santa Cruz. Su apellido Bazan. Sus estados en Castilla-. «

1. Les quatre vents de l'esprit. Le livre satirif/iie, pièce XXVII.

2. Alonso Nunez de Castro, Libro liistorico politico : Solo Madrid es carte y el cortesano en Madrid, 3'' édition. Madrid, 1675, p. 212.

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