‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 108 sur 212 · CONDAMNATION DE FLEURIOT · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DE FLEURIOT

à lautorité de Sa Majesté Très Chrétienne pour qu'Elle veuille bien réprimer par des mesures efBcaces la licence et la témérité des écrivains françois....

Je dois au reste prévenir V. Ex®* que loin de demander la suppression de Touvrage de M. de Langle, je désire au contraire qu'elle n'ait point lieu ; parce que la suppression sembleroit attribuer quelque valeur à une production qui ne peut manquer de tomber d'elle-même dans le mépris qu'elle mérite C'est l'impunité personnelle qui enhardit ces écrivains audacieux, dont la plume ne respecte rien ; il n'y a qu'un châtiment exemplaire qui puisse contenir les coupables et servir de frein à ceux qui seroient tentés de les imiter * .

Le gouvernement du Roi fit droit à la réclamation de Tambassadeur de famille ; sur un violent réquisitoire de l'avocat général Séguier, le livret, qui nous paraît aujourd'hui fort insignifiant et qui, même alors, emprunta la plus grande part de son succès au nom fortuné du barbier de Séville, fut publiquement brûlé par la main du bourreau.

Si la Dénonciation y qui suit pas à pas le Voyage et en réfute un peu lourdement les sottises et les impertinences, ne donne pas la vraie mesure du talent d'Aranda, s'il eût mieux valu pour lui ne pas entamer une polémique avec un barbouilleur tel que Fleuriot, on doit convenir cependant qu'il était difficile au comte de rester coi et muet, et que son silence, en cette occasion, eût été fort mal inter-

1. Aff. Etr. ; Espagne, vol. 618, fol. 154. — Divers passes un peu remaniés de cette lettre furent insérés, sous la goature Ze V. F. (Le Vrai Figaro), dans le Journal de iris du 14 novembre 1785.

GRANDS D ESPAGNE

prêté. Mais il aurait pu charger de la besogne quelque secrétaire plus habile et se borner à lui fournir la matière de la réfutation \

Quoi qu'il en soit, Aranda, à ses heures, ne manquait ni d'esprit ni de verve : en espagnol, s*entend. Les lettres qu'il écrivait à Floridablanca sont remarquables par leur ton sarcastique et un certain genre d'humour dont les propos de table ou autres de M. de Bismarck peuvent donner quelque idée. Godoy dit qu' Aranda parlait mieux qu'il n'écrivait et remarque, avec à propos, que l'impétuosité de son caractère, qui prêtait une certaine force à ses discours, nuisait au contraire à ses écrits où les phrases mal construites et avec trop de précipitation n'exprimaient jamais clairement ni complètement ce qu'il prétendait faire entendre. *

En somme, Aranda est bien le type le plus intéressant et le plus original de la grandesse « éclairée » du xviii® siècle. . Nous l'avons indiqué déjà : cet homme, à divers égards, semble un tissu de contradictions ; l'on ne voit pas nettement comment certains traits de son caractère ont pu coexister, comment cet aristocrate imbu de tous les préjugés de sa caste, comment cet Aragonais intraitable et bilieux ont pu vivre côte à côte si longtemps avec ce réformateur, cet épicurien et ce libre penseur. Et de même, dans sa manière d'être et ses allures, il

1. Aranda se trahit surtout dans la Dénonciation par ce qu'il y dit de Saragosse (p. 9-19), des troupes espagnoles (p. 87-98) et du Comte ***, c'est-à-dire de lui-même (p. 149).

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