INFANTADO ET OSUNA
sans énergie et incapable d'application, cet Infantado ne sut se montrer, en aucune circonstance, à la hauteur de ses devoirs de chef d'armée ou de magistrat suprême. Ce que pensaient de lui les libéraux espagnols est résumé dans cette recette d'un pamphlet de 1822 : a Prenez une dose d'orgueil aristo- « cratique et une dose équivalente de cette morgue « que donnent les richesses, ajoutez-y quelques « grains d'extravagance et vous obtiendrez un com- (( posé très semblable au duc de ^Infantado^ )> A la mort de ce grand d'Espagne, ses biens énormes, en vertu de la loi àe desnnculacion du 11 octobre 1820, furent partagés entre son fils naturel légitimé, qui prit le titre de duc de Pastrana, et son petit-neveu, D. Pedro Tellez Giron, duc d'Osuna.
C'est par Marie Léopoldine de Tolède, sœur de ce treizième duc de T Infantado, dont il vient d'être parlé, que le duché passa dans la maison d'Osuna. Des deux enfants, fils et fille, qu'elle eut de son second mari, le duc de Beaufort, la fille seule, Dona Francisca, lui survécut. Ce fut elle qu'on maria au dixième duc d'Osuna, D. Francisco de Borja Tellez Giron. De cette union naquirent deux fils, dont le cadet, D. Mariano Tellez Giron, héritier, après la mort de son aîné Don Pedro, de biens immenses et de titres innombrables, a, par de folles prodigalités et une administration déplorable, anéanti pour toujours
1. El tuti li mondi y la cosa bonita ; obra utilisima para conocer d los picaros que hacen la guerra en Espaha d las instituciones libérales, Bordeaux, 1822, p. 74.
GRANDS D ESPAGNE
ce patrimoine princier, dû à la réunion sur une seule tête de plusieurs des plus riches et des plus célèbres majorats de la vieille Espagne. Ce douzième duc d'Osuna est mort en son château de Beauraing (Belgique), le 2 juin 1882*.
L'autre famille dont il y a lieu de parler ici après les Infantado, parce qu'elle appartint aussi, un temps, à la colonie espagnole de Paris, est celle des marquis de Santa Cruz de Mudela. Les Santa Cruz, primitivement Bazan, comme chacun sait, étaient alors Silva. Déjà apparenté à la maison de l'Infantado par sa première femme', le neuvième marquis, D. José Joaquin de Silva, resserra encore les liens qui l'unissaient aux ducs en mariant son fils unique, Don Francisco, marquis del Viso, à leur fille aînée, Marie Léopoldine. On a vu que cette union fut brisée de fort bonne heure par la mort du jeune homme. Son père, le marquis de Santa Cruz, représente dans la Grandesse une variété assez rare. C'est non seulement un grand « éclairé », ami du progrès, philanthrope très décidé et agissant, c'est encore un amateur passionné de sciences exactes et expérimentales ; il avait particulièrement le goût de la physique, de la chimie et des manipulations. Paris donc l'attirait parce qu'il lui offrait un laboratoire,
1. Don Mariano avait épousé, en 1866, Marie Eléonore de Salm Salm, arrière-petite-nièce d'Emmanuel, qui 8*est remariée, en 1884, avec le duc Rodolphe de Croy Dulmen.
2. D» Maria de la Soledad de la Gueva, fille du duc d'Alburquerque et petite-fille de Don Juan de Dios, dizième duc de l'Infantado.