DE BÉJAR
Nu&ez tint à rester en bonnes relations avec ce Bragance qu'il avait connu dans l'exit et qu'il allait retrouver à la cour de Portugal très en faveur et rétabli dans ses prérogatives de prince du sang.
C'est sans grand entrain que Don Carlos s'apprête à se rendre a Lisbonne; mais il le faut... Quelques mots d'une lettrequ'il écritàSalm, le9janvier 1778, indiquent en effet que l'état peu florissant de sa fortune l'aurait, en dernier ressort, contraint d'accepter ce poste diplomatique. « L'emploi me convient et n même m'est indispensable en ce moment, comme « je l'ai dit à ta sœur en lui exposant les raisons qui (( m'obligent à l'accepter; et toutefois j'y tiens mé- « diocrement, n'étant ni ambitieux ni laborieux, « mais au contraire assez philosophe pour me con- « tenter des choses qui donnent le vrai bonheur ; « mais, mon ami, ma situation me commande de n faire ce qui, à certains égards, me dérange beau- R coup. » D'où il appert, semble-t~il, que la Doua Esclavitud n'apporta pas du fond de sa Galice un bien lourd trésor ; peut-être, en sa qualité de fille unique, n'avait-elle que des « espérances ». En outre, d'autres sujets d'ennui ou de préoccupation s'ajoutaient aux tracas momentanés d'argent de Fernan Nunez et rendaient nécessaire sa présence à Madrid. Son beau-frère, le « pauvre Béjar », venait de mourir, le 10 octobre 1777, sans enfants de D' Escolâstica Gutierrez de Los Rios, qui se trouva sans doute, par ce fait, engagée dans des procès ou, tout au moins, dans une situation gênée et que devait rendre difficile le règlement d'une si grosse succession.
GRANDS D ESPAGNE
« Le pauvre Béjar est parti pour Tautre monde, emportant avec lui le désir qu'il avait de voir Infantado au retour de ses voyages, à cause, disait- il, du singulier mélange, qu'il s'attendait à trouver chez son ami, d'un Espagnol à l'antique greffé sur un Français moderne ; mais il est parti avec cette curiosité et bien d'autres. Je passe mon temps entre ma sœur et ma femme, attendant le moment de mon exil, qui m'est aussi pénible pour la première qu'indispensable pour la seconde. Mais même si l'on me fixe le mois de mars pour rejoindre mon poste, comme je le suppose, j'espère qu'on ne m'obligera pas à quitter Madrid avant l'automne qui sera le moment du départ de la reine *. Alors aussi je pourrai remettre au duc ses affaires, car je suppose bien qu'il sera de retour avant la fin de l'année. Heureux Salm, qui passes ton temps agréablement distrait et content, qui as plus (Targent qu'il ne fen faut et, par-dessus tout, la bonne humeur, qui est ce qui me manque le plus maintenant ».
En post-scriptum, Tannonce d'un mariage assez imprévu dont on parlait beaucoup et plaisantait un peu à Madrid, celui du duc d'Ârcos, âgé alors de cinquante-deux ans, avec D* Mariana de Silva, sœur du marquis de Santa Cruz et deux fois veuve, du duc d'Huescar et du comte de Fuentes. « Que me dis-tu « d'Arcos ? Ils sont comme deux tourtereaux dans « leur nid. La dame, à vrai dire, est singulière » ; ce qui signifie, sans doute, quelque peu précieuse et pédante. Comme son frère, qui fut directeur de l'Académie espagnole, D* Mariana de Silva cultivait les lettres et les arts ; elle possédait aussi, paraît-il,
1. La reine-mère de Portugal, Marie-Anne de Bourbon, sœur de Charles III, qui était venu passer plusieurs mois à la cour d'Espagne.
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un certain talent de dessin. L'Académie de San Fernando l'élut, en 1766, membre et directrice honoraire dans la section de peinture, « en considé- « ration de ses vertus, de sa naissance et aussi de <r l'habileté et du talent qu'elle a montrés dans des a dessins exécutés de sa main qui ont été présentés « à l'Académie \ Le mariage ne réussit pas beaucoup au prodigue et magnifique duc, qui mourut à Aranjuez, deux ans plus tard, le 13 décembre 1780, fort pleuré par son roi.
Comme rien ne pressait, le ministre n'exigea pas de Fernan Nuiiez qu'il se rendît immédiatement à Lisbonne ; il put encore passer l'été à la cour d'Espagne et ne partit qu'à la fin de septembre 1778. Nous avons une lettre de lui à Salm, datée du 23, veille de son départ. Don Carlos y adresse quelques reproches amicaux au prince, qui, parce qu'il n'a pas voulu suivre les conseils de son ancien compagnon d'armes, vient de manquer une excellente occasion de s'établir définitivement en Espagne et d'y créer une famille, ce qui eût comblé de joie ses amis et parents espagnols ; l'occasion, c'était la démission du comte de Priego, colonel du régiment des Gardes Wallones (6 septembre 1778)'. L'emploi, effectivement, pouvait convenir à Salm, qui appartenait à ce groupe d'oflSciers étrangers parmi lesquels le Roi était appelé à choisir le successeur de Priego.
1. Cean Bermudez, Diccionario de los mas ilustres profesores de las bellas artes en Espaha, t. lY, p. 379.
2. Colonel Guillaume, Histoire des Gardes Wallones au service d'Espagne, pp. 187 et 391.
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Mais le prince depuis longtemps avait d'autres projets, il était même déjà, comme on Ta vu, à demi engagé en France ; peut-être aussi, ayant tant abusé des congés et n'ayant point pris part à l'expédition d'Alger, éprouva-.t-il quelque scrupule à solliciter en Espagne un commandement si important. Bref, il ne postula pas la place, qui demeura vacante jusqu'en 1 789 et fut alors donnée à Théodore François de Croix, cadet d'une famille de la Flandre Wallone très honorablement représentée dans le service d'Espagne. Fernan Nunez ne put que regretter de n'avoir pas, en temps utile, réussi à convaincre son ami dont l'éloignement lui causait une véritable tristesse. Pourtant il ne désespère pas de le voir bientôt en Portugal, Lisbonne étant la seule capitale de l'Europe que Salm n'ait point encore visitée. Le « si digne ami Bragance » est une autre attraction et les circonstances politiques, très favorables, invitent aussi à séjourner dans ce pays. Don Carlos se félicite d'y arriver à un moment où « tout est tranquillité, « union et amitié avec cette nation, car, dit*il, « un pareil état de choses convient fort à mon tem- « pérament ». Mais ce qui le chagrine est de laisser sa sœur à Madrid, si seule, et « sans même la compa- « gnie de la Villahermosa ni d'aucune personne qui « lui soit sincèrement attachée. » Il croit qu'elle ferait bien de quitter cette ville et de venir à Lisbonne, sinon tout de suite, au moins un peu plus tard, pour assister aux couches de sa belle-sœur, qui se trouve dans le septième mois de sa grossesse et qui néanmoins tient expressément à suivre son mari dans sa