LA PRINCESSE DB STARHEMBERG
à tous deux, Don Carlos et Salm vont être de nou* veau réunis pour quelques années, jusqu'au jour où la tourmente révolutionnaire les séparera encore. Leur correspondance cessant tout naturellement dès l'arrivée de Fernan Nunez à Paris, c'est à l'aide d'autres documents que nous pourrons les suivre l'un et l'autre. Occupons-nous d'abord de savoir ce qui était advenu de Salm depuis son départ définitif d'Espagne, comment il s'établit en France et y continua sa carrière militaire, dans quelle situation vint le surprendre la Révolution et dans quelle mesure il eut à pâtir de ses excès.
Si la duchesse de l'Infantado, avec une sollicitude presque maternelle, avait particulièrement ti^ vaille à la fortune de son frère pendant le séjour de celui-ci en Espagne, ce fut au tour de M™® de Starhemberg, autre sœur d'Emmanuel, qu'incomba le soin de le pousser à la cour de France. Marie- Françoise-Josephe de Salm Salm, princesse de Starheoiberg, plus âgée de onze ans que le prince Emmanuel, était en effet en situation d'aider puissamment le jeune brigadier et surtout de lui ménager l'appui de la reine Marie- Antoinette. Quoique fort disgraciée de la nature, c'est-à-dire « petite, laide et bossue », la princesse charmait par son esprit, sa verve et l'agrément de sa conversation ^ Mariée
1. M™« de Genlis, qui vit la princesse de Starhemberg à Bruxelles, nous la décrit ainsi : « Quoique petite, laide et bossue, elle plaisoit même par sa figure remplie d'esprit et d'expression. Je n'ai vu à personne une manière de conter plus
GRAPiDS D ESPAGNE
en 1761, à Georges- Adam, comte, puis prince de Starhemberg, qui fut ambassadeur de l'Empire près la cour de France de 1753 à 1766, et qui, en 1770, fut nommé ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas, c'est-à-dire chef de l'administration de ces provinces autrichiennes, Marie de Salm n'avait qu'à user de l'influence de son mari, aussi bien vu à Versailles qu'à Vienne, pour faire avancer son frère. Précisément une excellente occasion s'offrait alors d'obtenir un' commandement militaire. La guerre allait éclater entre l'Angleterre et la France soutenue par l'Espagne; des corps de troupes prêtes à s'embarquer s'équipaient et s'armaient dans les ports de Bretagne : il leur fallait des officiers de mérite pour les commander. Ce fut dans ces circonstances, au mois de mars 1780, que le prince Emmanuel reçut le brevet de colonel-commandant du régiment d'Anhalt, l'un des régiments allemands au service de France qui devaient faire partie de l'armée expéditionnaire. Marie- Antoinette seule avait décidé ce choix : a J'espère, » écrit-elle à sa mère, « que M™° de Starhemberg sera « contente de moi ; son frère l'est beaucoup de ce « que je lui ai procuré la place de colonel-comman- « dant du régiment d'Anhalt, destiné à l'embarque- « ment. C'est un excellent sujet et un homme estimé
amusante, plus d'agrément dans la conversation, un esprit plus piquant ; elle a fait de grandes passions qui ont été également constantes et malheureuses » {Mémoires inédits sur le xviiie siècle et la Révolution française, Paris, 1825, t, II, p. 248).
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